MalamineMalamine : un africain à Paris (scénario de Edimo, dessins de Simon-Pierre Mbumbo, éditions Les Enfants Rouges)

C’est au détour d’un salon du livre que j’ai rencontré le dessinateur Simon-Pierre Mbumbo. Grand gaillard au sourire avenant, grand bavard à la mine de challengeBDcrayon-bille acéré, capable de vous faire une dédicace tout en vous parlant des coûts exorbitants des impressions au Cameroun, son pays natal. Passionné et enthousiaste, bourré d’idées pour développer la BD en Afrique, j’étais persuadé, en lisant les premières planches, que je vous en parlerai de son album sur  IDDBD. Pour une fois, j’avais vu juste !

Docteur en économie, jeune intellectuel enthousiaste, Malamine aspirait à un horizon doré dans son pays d’Afrique noire. Mais voilà, né dans la mauvaise tribu, bloqué par un ministre, il a dû repartir en France. C’était il y a 10 ans et depuis, il vit dans une chambre d’étudiant sous les combles. Obnubilé par son passé, il lutte pour se faire une place "digne de son statut" dans une société européenne qu’il méprise. Devenu brancardier, il refuse d’oublier l’Afrique et tente d’ignorer les "tentations" des blancs.

Dès les premières planches et les premières scènes de cette histoire d’immigrant, on remarque la justesse du ton et du trait. Un dessin simple, presque crayonné, en noir et blanc, un découpage efficace et rythmé, jouant sur les décors et les plans rapprochés lors des dialogues, couplé avec une mise en place rapide des lieux, des événements et des personnages. Entre les amis du cercle, les collègues blancs de l’hôpital, son futur éditeur et les exaltés rencontrés par leur anti-héros, Edimo et Simon-Pierre Mbumbo dresse le portrait de toute une communauté. Noirs intégrés (que Malamine méprise autant que les blancs), intellectuels africo-centristes aux grands discours théoriques et altermondialistes, jeune femme en situation irrégulière, ils sont bien là, chacun avec sa part de galère, de souffrance ou d’oubli.malamine_3_6c156

Évidemment, Malamine possède également sa propre part de frustration. Symbolisée par ses rêves étranges, cette frustration et ce dégoût de soi est caché par son mépris affiché pour le reste du monde. Mais au fil de l’histoire, ce verni craque et Malamine devient touchant de par sa naïveté et son aveuglement. Incapable de faire face au monde dans son univers de grands discours, il se montre, comme la plupart des hommes du récit bien incapable de comprendre les événements. Mais je n’irais pas plus loin pour ne pas vous gâcher le plaisir d’une très bonne et très intelligente lecture.

Encore une fois, il faut remercier le magnifique travail de la petite (mais talentueuse) maison d’édition Les Enfants Rouges. Sur IDDBD, c’est une maison d’édition que l’on aime bien (pas seulement parce que nous avons des parts chez eux hein !) car ils dénichent régulièrement pour notre plus grand plaisir de très bons auteurs. Encore une fois, cette vérité se justifie avec Malamine.

A voir :
la fiche album sur le site des Enfants Rouges

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD !