jeudi 25 juin 2009
Et on dirait que...
Shooting war (scénario d'Anthony Lappé, dessins de Dan Goldman, éditions Les Arènes)
2011, John McCain a été élu président des États-Unis quelques années plus tôt. Tout le monde a oublié le nom du candidat adverse. Le bon vieux conservateur, héros de la guerre du Vietnâm, a fait ce qu'il avait promis : rétablir la paix au Proche-Orient. L'Iran bombardé, la situation devient apocalyptique.
C'est dans ce contexte, que Jimmy Burns, journaliste amateur blogueur, profitant d'un incroyable concours de circonstance, est envoyé en Irak par une chaîne d'info en continue afin de couvrir les évènements. Burns est loin d'imaginer la réalité du terrain !
Quand j'étais petit, j'aimais bien jouer au "Et on dirait que..." (vous aussi j'en suis certain). Imaginant des situations impropables ou la fiction dépassait de loin la réalité. Ici, Dan Goldman et Anthony Lappé ont fait la même chose : "Et si Barack Obama..." Nous voici donc dans un univers à la limite de la déraison.
A l'origine, Shooting War est un webcomic, une bd publiée sur le net. D'où un graphisme très "numérique" (couleurs & dessins) profitant des possibilités qu'offrent l'informatique (intégration de photos, retouches...). Chaque case est une oeuvre à part même si toutes ne sont vraiment pas de la même qualité. Graphquement, Dan Goldman a tenté d'imaginer une atmosphère proche-orientale en 2011.
Edité juste avant l'élection américaine ce livre est une caricature de la politique et des médias américains. Comme toute caricature, la ficelle (certains personnages) est parfois un peu grosse. Mais n'est-ce pas l'idée même de caricature ? Dans l'ensemble, l'univers imaginé est vraiment crédible. Pour preuve, quelques jours après avoir lu Shooting War, je voyais un reportage sur les robots de combats et leurs futurs évolutions... très proches des pages du webcomic et terrifiant.
Si, à mon goût, Shooting War n'est pas un incontournable, il réussit quand même à toucher au but : choquer ! Une oeuvre qui laisse également entrevoir toutes les possibilités offertes par Internet dans le développement de la BD.
A lire : le site officiel Shooting War
lundi 15 juin 2009
Y'a pas de raison...
Points de Vue (scénario et dessins de Peter Kuper, éditions ça et là)
Bon d'accord, je n'ai pas résisté. Les vacances approchent, le rythme se ralentit, je sors de ma grotte d'ours et surtout, je me rends compte qu'écrire des chroniques sur IDDBD me démange très souvent. Alors, pour faire d'une pierre deux coups, j'en profite pour souhaiter un bon anniversaire aux éditions ça et là qui ont fêté leurs 4 ans le 25 mai dernier.
On vous en a parlé régulièrement au cours de nos chroniques : Château l'attente, Bottomless Belly Button, Little Star (Andi Watson), Pictures of you et bien d'autre encore. Et à chaque fois, nous avons souligné la qualité exemplaire de leur travail d'édition et surtout de leurs talents pour dénicher de vraies perles (pardon des petits bijoux). Récemment, je suis tombé sur leur première publication, un petit livre intitulé Points de Vue (Eye of the Beholder) de Peter Kuper, une référence de la bd indépendante américaine. Initialement, les strips de 5 cases de ce recueil ont été publiés dans le New York Times.
En fait, le livre se divise en deux parties. La première est consacrée aux vues subjectives. On ne voit l'action que du point de vue de l'observateur. Ce dernier n'étant révélé qu'à la dernière case (après avoir tourné la page sinon c'est moins drôle). La seconde "regroupe les histoires d'un point de vue extérieur" (dixit la présentation).
Si je suis moins fan de la seconde partie, la première est vraiment très déroutante. On s'amuse à réflechir aux possibilités offertes par les 4 premières cases et souvent on se retrouve surpris par le résultat.
Ce livre montre surtout la grande vitalité de la bd indépendante américaine jouant sur les codes et les effets de style. C'est sympa, ça se lit avec le sourire au lèvres et ça prouve bien la grande qualité de l'éditeur !
Bon, entre nous, cette chronique a été écrite en moins de 25 minutes, ce qui est un record pour moi. Comme quoi, vous me manquiez !
A bientôt peut-être les IDDBDiens !
PS : je viens de découvrir qu'il existait un tome 2, que je n'ai évidemment pas lu. Donc si quelqu'un...
A (re)découvrir : le blog de ça et là avec les dernières infos sur Virginia de Dash Shaw.
A voir : le site officiel de Peter Kuper
mercredi 7 janvier 2009
Trois temps
Bottomless Belly Button (nombril sans fond) (scénario et dessins de Dash Shaw, traduction de Sidonie Van Den Dries, Editions Ça et là)
"Notre histoire, Le nombril sans fond, commence par une légère altération du
graphique familiale lorsque – après 40 ans de mariage – la mère et le père Loony annoncent leur divorce."
Voici le pitch de ce pavé (720 pages) réduit à l’extrême. La problématique du récit est aussi simple : quelles seront les réactions de la famille face à ce chamboulement ? Partant de ce principe, le jeune auteur (seulement 25 ans !) de cette œuvre singulière nous convie à une semaine de vacances dans la maison familiale des Loony, sur une plage des États-Unis. Un endroit paradisiaque ? Oui… et non.
Car dans cette famille assez classique où les parents ne sont pas plus maladroits que les autres, je demande les enfants (de l’aîné au benjamin): Dennis, journaliste au chômage, émotionnellement fragile, marié à Aki et père d’Alex ; Claire, fraichement divorcée et mère de Jill, une ado assez classique dans le genre, et enfin Peter, le benjamin de la famille (la vingtaine tout de même), mal dans sa peau, puceau, cinéaste raté, représenté sous la forme d’une grenouille durant tout le récit. Voici planté le tableau et le récit démarre sur ces 700 pages pouvant en décourager plus d'un.
Peu à peu elles défilent et la qualité de l’album semble évidente. Malgré son jeune âge, Dash Shaw maitrise complètement les codes de la bande dessinée, jouant sur le rythme, travaillant sur de subtiles mises en abyme ou sur des flash-back d’un passé envahissant, variant les plans et les points de vue, taillant au cordeau les histoires de chaque personnage et leurs psychologies. L’auteur laisse aux choses, aux évènements et aux personnages le temps de se répondre. C’est fascinant de voir les héros se confronter sous nos yeux. Le rythme se prend, comme une semaine au bord de la mer, alternant moments de folies douces et contemplations. On ne s’ennuie jamais ce qui, sur de genre de pavé, est assez rare pour être souligné. Bien sûr, il y a quelque écueils liés à la jeunesse de l'auteur (dessins, abus de certains effets) mais dans l'ensemble le récit est parfaitement mené.
Encore une fois (c’est un peu comme Frederik Peeters, ça revient souvent), les éditions çà et là on fait un travail d’adaptation remarquable sur le contenu comme sur le contenant. Un papier magnifique, couvertures et dos splendides ! Un bien bel écrin pour le meilleur roman graphique de l’année selon le New York Times. En France, ce statut se confirme, car on retrouve cet album dans presque toutes les sélections de prix de ce début d’année : Angoulême, Association des critiques de BD, Prix Libération… Bon, je sais ces prix sont parfois (souvent) relatif, mais avec Bottomless Belly Button, Dash Shaw apparaît déjà comme un grand auteur. A suivre évidemment.
A voir : la page dédié à Bottomless Belly Button sur le site des éditions çà et là (avec un extrait à télécharger)
A découvrir : le site de Dash Shaw (in english)
A lire : la chronique (avec pleins de mots compliqués) sur Chronic’art
A lire : la chronique (plus modérée) de du9.org
A faire : voter pour Jibé et Sans Emploi pour la révélation Blog