dimanche 13 avril 2008
Erre humanum est...
Hier, j'ai eu le privilège de rencontrer Fabrice Erre et son grand frère Jean-Marcel, venus dédicacer les albums Demonax et Le Roux, pour le premier, et les romans Made in China et Prenez soin du chien, pour le second. La rencontre, qui a eu lieu dans le cadre quasi historique de la librairie Torcatis de Perpignan, a confirmé ce dont je me doutais : l'intelligence et la gentillesse de Fabrice et Jean-Marcel Erre sont à la hauteur de leurs talents respectifs ! On a beau le subodorer, c'est toujours un plaisir que de l'expérimenter au contact des artistes dont on aime le travail. D'autant qu'en plus de ses dédicaces, Fabrice a pris le temps de me conseiller la lecture de deux albums de Jampur Fraize (que je ne connaissais pas !) : Football carnage et La peur du mal. Ces albums feront l'objet, bien entendu, de chroniques sur IDDBD avec la mention "Recommandé par Fabrice Erre" ! Quant à la dédicace de Jean-Marcel, elle m'a d'autant plus touchée que je lui confirme bien que la suite de Made in China est à la hauteur des 20 premières secondes qui m'ont décidé hier à découvrir son écriture... Un grand moment de culture et de plaisir donc... sauf que...

Sauf que, comme je l'indiquais dans l'interview de Bulle d'Encre, je me sens toujours inepte et gauche lorsque je rencontre des artistes pour lesquels j'ai du respect. Ce qui n'a pas manqué d'être le cas hier... mais en pire ! Plutôt que de chercher à en savoir plus sur leur façon de travailler, leurs sources d'inspiration, ce qui les a conduit à devenir auteurs (et l'un et l'autre), leurs projets, je me suis contenté de leur parler d'IDDBD puis de m'étendre sur des considérations oiseuses sur l'art et la difficulté de la condition d'artiste ! Merci pour les encouragements et l'empathie face à deux artistes ! Bref, je vous la fais courte : si Fabrice ou Jean-Marcel passent par là, c'est avec plaisir que nous en apprendrons plus sur eux !
samedi 12 avril 2008
Au pays des aveugles...
Cyclopes (scénario de Matz, dessin de Luc Jacamon, collection Ligne Rouge, éditions Casterman)
Hier, David nous emmenait en ballade avec Jeffrey Brown et son Clumsy. Comme souvent, les jours se suivent et ne se ressemblent pas sur IDDBD. Aujourd'hui, foin des finesses psycho-émotionnelles, haro sur les considérations autobio-psychanalitiques, aux orties la délicatesse des sentiments ! Avec Cyclopes, abandonnez toute idée de subtilité : cette série est gavée de testostérone, saturée de sueur masculine. Autant le dire tout de suite, sans sexisme nin machisme aucun, les filles risquent de passer devant ces deux tomes avec une petite moue de mépris...
Car de quoi s'agit-il ? D'une bande de mercenaires, duement appointés chez Multicorps Security Inc., une société mandatée par l'ONU pour aintenir ou rétablir la paix dans certaines zones "chaudes" de la planète. Quoi ? Que dites-vous ? Cela vous rappelle Blackwater ? Blackwater ? Ah oui, cette compagnie américaine dont les soldats privés chasse de l'irakien aux côtés de l'US Army ? C'est vrai que la soldatesque de Cyclopes n'est pas sans rappeler les troupes supplétives de Blackwater, DynCorp ou Triple Canopy... Sauf que dans le monde de Cyclopes, les missions de la Multicorps Security Inc. donnent lieu à des shows de real TV suivis par des millions de téléspectateurs enthousiastes... Quoi ? Ca ressemble aussi aux images de Bagdad vendues par l'armée américaine et diffusées par toutes les chaînes d'infos ? Certes, mais dans Cyclopes, nous sommes en 2054 ! Et toc... Non mais ! Et puis, nous suivons les aventures de Douglas Pistoia, un jeune diplômé en recherche d'emploi, qui deviendra rapidement la star de MSI, en même temps qu'il découvrira que certaines activités de son employeur ne sont pas aussi claires que de l'eau (ah ah !... "clair comme de l'eau"-Blackwater... bref...). Vous dites ? Ca vous rappelle quelque chose ? Non mais c'est fini de me pourrir ma chronique, oui ?

Bon, je reconnais que le sujet de Cyclopes est moins un sujet d'anticipation que d'actualité. Je reconnais aussi qu'il ne provoquera pas chez vous le même type de réflexions que celles de Bunker dont, par ailleurs, l'esthétique n'est pas comparable...
Mais après la lecture de Cyclopes, vous reconnaîtrez aussi avoir passé un bon petit moment de BD... Et finalement, avouez que c'est marrant, parfois, de jouer à Big Jim ou à Action Joe...
A lire : la fiche album du tome 1, La recrue, et celle du tome 2, Le Héros, avec plein de planches à voir...
A savoir : selon Wartmag, une adaptation ciné de Cyclopes devrait voir le jour... Mouais, à voir...
La vie de Pahé - Tome 2 : Paname (scénario et dessin de Pahé, éditions Paquet)
Aussi drôle et savoureux qu'Aya de Yopougon. C'est dire si c'est excellent !
"La jeunesse du petit Pahé continue, avec un retour en France pour la période du collège! Avec son humour toujours aussi corrosif, le caricaturiste le plus célèbre du Gabon nous régale de ses anecdotes sur le parcours d’un africain en cette fin de XXe siècle!"
A découvrir : quelques planches sur le site des éditions Paquet
A (re)lire : la chronique enthousiate d'IDDBD concernant le premier tome de La vie de Pahé
vendredi 11 avril 2008
Maladresse
Clumsy (scénario et dessins de Jeffrey Brown, Ego Comme X)
"Les histoires d'amour n'ont rien d'exceptionnelles". C'est bizarre, cette phrase m'est venue immédiatement après ma première lecture de Clumsy. D'ailleurs il me semble l'avoir lue quelque part mais je ne sais plus où (si quelqu'un a un flash).
Clumsy est un récit autobiographique. Jeffrey Brown y raconte sa relation avec Theresa, relation qui dura presque un an (de juillet 2000 à juin 2001). Chose troublante, il a commencé à dessiner Clumsy quelques mois avant leur séparation. Sans doute une psychanalyse prémonitoire.
Alors là vous vous dites : "ola, voyeurisme, règlements de comptes etc...". Et pourtant, même si il ne s'impose aucun tabou, Jeffrey Brown réussit à éviter cet écueil. Au contraire, avec un talent certain, il dresse avec finesse un (auto)portrait de sa relation amoureuse. Tout cela par l'intermédiaire de courtes saynètes (au maximum 4/5 planches de 6 cases) aux noms aussi évocateurs que "Dans la voiture" ou "Bonne année".
Car leur histoire, malgré ses spécificités et leurs maladresses, n'est au bout du compte pas très différentes des autres. Elle est faite de quotidiens, de rencontres, d'éloignements, de coups de téléphone, de projets, de sexe, d'engueulade (et oui il en faut aussi) et encore de sexe (il faut savoir en abuser). Comme souvent (mais pas toujours) elle se termine.
Malgré son côté autobiographie et "journal de bord", Jeffrey Brown n'a pas choisi de suivre le cours des évènements, qu'ils soient chronologiques ou géographiques (car Jeff et Theresa se baladent pas mal le long de la côte Est). Ce semblant de désordre, car malgré les apparences il y a une très grande maitrise du récit dans Clumsy, vient servir le propos car il renforce cette impression de puzzle. Cette volonté de montrer que derrière des événements simples (symbolisés par un dessin très "jeté" parfois esthériquement discutable) se cachent des situations et des évènements complexes dont on ne voit que les conséquences. Malheureusement pour lui, Jeffrey Brown ne semble pas détenir la solution de ce casse-tête universel qu'est l'amour.
Bon, pour tout vous avouer, j'ai du mal à conclure cette chronique. Je vais laisser la dédicace du livre parler d'elle-même : "Pour tous ceux et celles qui ont aimé et perdu". Pessimiste ? Oui, mais c'est ainsi...
Bonus musical : petite dédicace spéciale avec The Moldy Peaches (Anyone else but you)
A lire : page 39 à 47 sur le site d'Ego Comme X (format PDF)
Black Op 4 sort aujourd'hui ! A vos bacs... prêts... partez !
A lire : la chronique d'IDDBD sur le troisième tome de cette superbe série d'espionnage, menée de main de maîtres par Desberg (au scénario) et Labiano (au dessin)...
jeudi 10 avril 2008
Petit, beau et vaillant
Pandala (scénario de Tot, dessin de Bertrand Hottin, éditions Ankama)
Dans le brouhaha des sorties BD, de la surproduction d'albums, il existe une toute petite oasis de silence et de beauté graphique. Son nom ? Pandala. Véritable oeuvre d'art muette, sans dialogues, sans phylactères, sans commentaires. Un peu comme Là où vont nos pères. La preuve que le dessin, parfois, se suffit à lui-même sans qu'il soit besoin d'ajouter quoi que ce soit...
Mais attention, BD muette ne signifie pas BD sans queue ni tête ! Si Pandala est une magnifique oeuvre d'art graphique, aux paysages somptueusement dessinés et aux personnages magnifiquement vivants, les deux tomes vous raconteront tout de même une histoire, suivant la trame d'un scénario efficace même dans le silence. Tout commence avec la destruction du village du jeune héros, un panda. Comme lui, nous ne possédons aucune information sur les êtres qui ont commis cet acte de barbarie sauvage. En même temps que lui, nous découvrons la moitié de pendentif qu'il découvre dans le poing crispé de ce que l'on imagine être l'un de ses parents. Avec lui, nous partons affronter le vaste monde et ses dangers, à la recherche des assassins de son bonheur passé. Parfois, au détours d'un chemin, une rencontre amicale...

Même si j'étais sceptique à la lecture du pitch de Pandala, les premières cases ont balayé mes appréhensions d'une histoire sans texte ni dialogue. La beauté du dessin de Bertrand Hottin, alliée à l'efficacité du scénario de Tot, m'ont littéralement entraîné dans Pandala, l'une des régions d'un monde plus vaste : celui de Dofus, l'univers que les éditions Ankama déclinent aussi bien en jeux vidéo qu'en manga, comics ou BD... Au final, une belle découverte, atypique, et qui ouvrira de nouvelles perspectives à tous les amoureux du 9ème art.
A découvrir : quelques planches du premier tome sur Wartmag
A visiter : le site officiel de Pandala
Hercule Potiron - Tome 1 : La meilleure façon de mourir (scénario de Pierre Veys, dessin de Giancarlo Caracuzzo, couleurs de Patricia Puerta, éditions Robert Laffont BD, mars 2008) "Hercule Potiron vit à Londres mais déteste les Anglais. Il est le plus grand détective et le plus grand cerveau de son époque. C´est du moins son opinion... | |
Pour la première fois de sa vie, le célèbre détective Hercule Potiron se trouve confronté à une série de morts inexplicables, et pour tout dire… absolument impossibles. Du jamais-vu dans l’histoire de l’humanité : un couple périt dans des sables mouvants, un riche homme d’affaires fait une chute de trois mille pieds dans sa baignoire, un autre meurt écrasé par la terrible mâchoire d’un tyrannosaure… Et tout cela en plein cœur de Londres. Il faut trouver le coupable… Mais qui peut bien être capable de commander aux sables mouvants, aux baignoires et aux dinosaures ? Après le commissaire Maigret, Blake et Mortimer, Harry Potter, c’est au tour d’Hercule Poirot de subir l’assaut humoristique de Pierre Veys, roi de la parodie. Pour accompagner sa plume désopilante, le pinceau méticuleux et vif de Giancarlo Caracuzzo, dessinateur du polar Les Larmes d’opium, qui se prête avec brio à cet exercice de style…" |
mercredi 9 avril 2008
Petit, laid mais vaillant
Kitaro le repoussant – 4 tomes parus sur 12 (scénario et dessins de Shigeru Mizuki, éditions Cornélius)
Le grand public européen a découvert un des mangaka monument du Japon
en 2007 par l’intermédiaire de NonNonba, premier manga à recevoir le prix du meilleur album à Angoulême. Dans le même temps, les éditions Cornélius, toujours avec le souci d’un travail éditorial impeccable, ont publié Kitaro le repoussant. Cette série, incontournable au Japon, est considérée comme l’œuvre majeure de Shigeru Mizuki.
Amoureux des contes et des traditions populaires, le vieux mangaka (il est âgé aujourd’hui de 86 ans !) met en scène les fameux Yokaï. Vous savez les créatures fantastiques omniprésentes dans la culture japonaise. Comment ça, non ? Si vous n’avez pas encore lu NonNonBa (malgré les conseils d’IDDBD), vous aurez déjà sûrement vu les films d’animations de Hayao Miyazaki comme Princesse Mononoke, Mon voisin Totoro ou Le Voyage de Chihiro. Ah ! Je le savais que les lecteurs d'IDDBD avait bon goût ! :-)
Kitaro est le dernier descendant de la tribu des morts-vivants. Né borgne, sorti du ventre de sa mère morte et enterrée, accompagné d’un père se résumant à un seul œil (mais avec des bras et des jambes !!!), il est chargé de résoudre les conflits et incompréhensions entre humains et créatures surnaturelles. Petite
métaphore pour parler de modernité et traditions.
Genre d’anti-superhéros japonais, le petit mort-vivant, doté de pouvoir surnaturel que l’on découvre aux fils de ses aventures, joue son rôle avec sérieux et souvent au péril de sa vie et de son intégrité physique. Ses aventures le mènent vers des lieux incroyables (du cimetière à l’au-delà en passant par les îles du sud du Japon), affrontant ou s'alliant avec des créatures magiques et terrifiantes (le fameux bestiaire fantastique japonais mais aussi des personnages issus de la tradition occidentale) et se retrouvant dans des situations déconcertantes et/ou inconfortables.
Souvent burlesques, toujours décalée, riches (elles ont bien souvent deux voire trois niveaux de lectures) et surprenantes, les histoires de Kitaro le repoussant sont des portes ouvertes vers une imagination débridée, celle de Shigeru Mizuki. En entamant une de ces histoires (il y en a environ 5 par album) vous ne saurez jamais où vos pieds vont atterrir. Si l'on sait à peu près comment les choses vont se terminer, les méandres des avent
ures de Kitaro sont bien souvent complexes. Rien de mieux pour attiser la curiosité des lecteurs.
Malgré les années, la première publication date des années 60, le petit Kitaro n’a pas pris une ride et reste un monument du manga.
Pour compléter votre lecture :
Yokaï, dictionnaire des monstres japonais. Volume 1 : A-L par Shigeru Mizuki (le volume 2 est à paraître le 18 juin). Le manga présente plus de 500 yokaï. Passionnant pour les amateurs !
A noter : Kitaro le repoussant tome 5 paraitra le 26 juin.
Allez ! On se bouge ! On prend le train, l'avion, la voiture, le bateau, le vélo, la pédalo, le scooter, l'ULM, le skate-board pour se rendre à Barcelone qui va devenir, l'espace de quelques jours, la capitale européenne de la BD à l'occasion des IV Jornades Comiqueres, du 12 au 17 avril 2008 (organisé par la FNAC Barcelone), puis du "26e salon internacional del comic" (traduisez "comic" par "bande dessinée", vous aurez l'air moins... comique), du 17 au 20 avril 2008...
mardi 8 avril 2008
Bunker (scénario de Stéphane Betbeder et Christophe Bec, dessin de Christophe Bec, couleurs de Marie-Paule Alluard, collection Empreinte(s), éditions Dupuis)
Au travers de ses histoires fantastiques, de ses mondes parallèles, la bande dessinée a ceci de fascinant qu'elle nous pousse souvent à envisager notre propre monde, notre propre histoire sous des angles différents. Pour ceux qui en doute encore, c'est là la marque d'un art majeur, au même titre que la peinture, la littérature, la musique... Tenez, prenez la superbe série Alim le tanneur et ses interrogations sur le fanatisme religieux et ses liens avec la politique, ou Helldorado et la notion de civilisation conquérante, ou Là où vont nos pères et la question de l'immigration...
La série Bunker entre dans cette catégorie de BD, comme La Guerre éternelle de Marvano, qui nous force à nous interroger sur les guerres que mènent les grandes puissances mondiales. Mais bien entendu, la bande dessinée n'est jamais plus efficace que lorsqu'elle utilise la fiction, lorsqu'elle plonge son lecteur dans un environnement historique, politique, culturel totalement cohérent pour le renvoyer à son propre univers.
Là encore, Bunker réussit son pari. Le monde créé par Stéphane Betbeder et Christophe Bec est extrêmement cohérent et proche du nôtre pour que l'on s'y glisse sans difficulté. Et en même temps suffisamment différent pour nous révéler de manière évidente ses failles, qui sont aussi nos failles. Bref, du grand art ! Servi qui plus est par un dessin réaliste époustouflant (et des couleurs somptueuses) ! Deux tomes parus... trois autres à suivre ! Si la qualité des deux premiers tomes se maintient, un "Recommandé par IDDBD" devrait normalement poindre le bout de son nez au cinquième tome...
A lire : les fiches du tome 1, Les frontières interdites, et du tome 2, Point Zéro, sur le site des éditions Dupuis
A visiter : le site officiel de la série Bunker
A lire : la critique enthousiaste de Aub sur sceneario.com




