Notes1Notes (scénario et dessins de Boulet, Delcourt, Collection Shampooing, 4 tomes parus)

Faire une chronique sur les Notes de Boulet sur le net, c’est être aussi original que Mamie faisant de la peinture impressionniste en Normandie en 2010. Bref tout le monde en a parlé et tout le monde à un avis sur la question… Bref, à la rigueur tout ce que je pourrais vous dire, vous l’aurez déjà lu. Mais j’avais quand même envie d’évoquer non pas la série en elle-même, mais ce qu’elle représente dans le paysage de la BD actuelle… et éventuellement future.

Depuis quelques temps, j’ai essayé d’écarter les dernières parutions pour notes2découvrir le monde de la BD d’avant. Quand je dis avant, en quasi-trentenaire que je suis, j’évoque les années 70/80 dont je parlais dans la chronique de Silence, celle des Futuropolis et les revues de grande qualité, les ancêtres des Jade et autres Lapin. En lisant ces auteurs dont certains, références absolues de leur époque, ont été partiellement oubliés (je pense à Fred par exemple), je me posais la question de la pérennité d’une œuvre. Comment sait-on, nous pauvres lecteurs, que cette nouveauté fraîchement parue marquera son époque ? Et même cet album encensé par la critique ? Est-ce que dans 30 ans on se souviendra du Pinnochio de Winschluss ? Bien sûr tout cela est purement subjectif. Je l’ai constaté récemment en lisant une autre chronique de Silence. Pour ma part, 
Lapinot et les carottes de Patagonie est l'œuvre significative de ces dernières années. Chacun sa vérité. Mais dans 20 ans, est-ce que ma fille, rédactrice en chef du IDDBD international Webzine, n’écrira pas à son tour : « Les Notes de Boulet sont incontestablement l’œuvre marquante des années 2000 ! » ?

notes02p_82103Qu’est ce qui lui permettrait d’écrire une telle ânerie ? Un début de réalité peut-être. Aujourd’hui les personnes s’intéressant au média livre, et je ne parle pas uniquement de BD, savent que les 10 voire même les 5 prochaines années vont marquer un tournant dans nos pratiques de lecture. Je parle évidemment du e-book (ou livre électroniques pour ne pas fâcher mes amis québécois !). Lire sur écran, c’est un vaste débat et une affaire de goût. Pourquoi pas après tout ? Pourquoi pas si les auteurs proposent une approche différente de leur média ? Et nous savons tous que la BD peut s’adapter à tout (du journal au web en passant par le gros pavé de 900 pages ou même les murs de ville).

Et aujourd’hui, que voit-on ? Une sélection à Angoulême, un succès éditorial et commercial. Pour quoi ? Pour Notes : quatre livres tirés d’un blog. Un succès de librairie s’appuyant sur des histoires publiés régulièrement sur le web et lues quotidiennement par des milliers d’internautes ! Amusant et très révélateur d’un début d’évolution. Oui, on peut lire sur papier et sur écran. Attention, dans ma phrase précédente le ET est primordial car je ne parle pas d’une disparition du livre comme certain technophile peuvent le croire. Je parle de complémentarité.

Même si Boulet a fait l’effort de créer un fil rouge entre ses billets, lire Notes c’est regarder un album de notes3photo. Ce sont des archives du temps passé. On peut les ouvrir à n’importe quelle page et sourire, le refermer, l’ouvrir de nouveau et tomber dans une soudaine mélancolie, tout dépendra de l’histoire, du traitement graphique apporté et puis de votre humeur : énervé ou tranquille, joyeux ou triste, paresseux… il y a toujours une petite place pour une histoire de Boulet. Finalement, on les picore ces albums. On en prend ici, on en prend là, on saute 2 pages pour revenir plus tard car il y a trop de textes. On n’est pas motivé mais on marque l'endroit pour ne rien rater. Finalement, c’est une lecture butinée... un peu comme sur le web.

A côté, Bouletcorp, le blog. C’est le temps présent. C’est le temps du flux RSS auquel on est abonné, c’est le plaisir d’attendre la dernière note, le dernier bon mot ou le dernier essai. C’est l’immédiateté, un concept nouveau pour les patients amateurs de BD.  Et au bout du compte, même si il est toujours possible de revenir en arrière, c’est une lecture linéaire… un peu comme celle d’un livre.

Indéniablement, ce double-succès est lié au grand talent et à la finesse de Boulet mais il provient également de sa volonté de considérer ce blog comme une œuvre en tant que telle, un laboratoire d’idées certes, mais toujours avec une qualité et un rythme de parution exemplaire depuis ses débuts (2004). Tout en abordant des thèmes variés, Boulet s’est créé son propre personnage, un double numérique, assouvissant les petites folies de son auteur. Bien entendu c’est totalement jouissif et loin d’être nombriliste, défaut de (trop) nombreux blogs BD.
Cette qualité rejaillit immédiatement sur la parution livre. Partant dans tous les sens narrativement comme graphiquement, les Notes de Boulet n’en demeurent pas moins cohérentes dans l’esprit, gardant ainsi un réel intérêt contrairement à la plupart des adaptations papiers des blogs BD.

notes4Car la plupart d’entre eux, et même pour les plus connus,  se limitent rapidement aux petites manies de leurs auteurs. Comme les éditeurs se contentent de reprendre les billets pour les mettre dans un livre relié, la cohérence narrative centrée sur "mon chat" ou sur "mes achats de chaussures" a plutôt tendance à fatiguer. Mais, je n’ai pas le monopole du bon goût (surtout en matière de chaussures).

Pour finir cette chronique, je ne sais pas si ces Notes de Boulet marqueront l’histoire du médium comme la première passerelle entre la BD et web. Cette série constitue sans doute plus une évolution qu’une révolution. Je ne peux que vous conseiller de vous faire votre propre opinion ou au moins de vous rendre régulièrement sur le site de Boulet. Personnellement, mais vous l'avez sans doute compris, je suis bouleto-dépendant !!!!

A découvrir :
Bouletcorp évidemment !!!!

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD