jeudi 14 juin 2007
Grande dame, grande artiste
Coup de cœur du jour
Avec Florence Cestac, Claire Bretécher a été l’une des rares femmes à avoir marqué la BD des années 70/80. Ce livre est un recueil de portraits de ses proches. Et il faut l’avouer, ils sont tous plus beaux les uns que les autres. Pour ceux qui pensent encore que les dessinateurs BD ne sont pas des artistes, ouvrez ce livre et vos yeux et profitez de la vue. Grandiose !
Portraits sentimentaux de Claire Bretécher aux éditions de La Martinière.
A lire : la chronique du CNBDI
A découvrir : le site de Claire Bretécher avec quelques images de son recueil.
mardi 12 juin 2007
En voyage avec Quino...
En voyage avec Mafalda : catalogue de l’exposition (Quino évidemment, Glénat, 2004)
1964, Joaquin Salvador Lavado Tejon publie dans l’hebdomadaire argentin Primera Plana, les premières cases des aventures d’une petite fille qui le rendra célèbre.
Je ne vous ferais pas l’affront de vous parler de Mafalda, sans doute l’une des meilleures BD de tous les temps, chef-d’œuvre intemporel et lisible par petits et grands ! Non, je ne vous rappellerais pas qu’il s’agit d’une argentine de 6 ans qui, en compagnie de ses amis (Felipe, Manolito, Liberté, Miguelito, Susanita et Guile son petit frère), font tourner en bourrique les adultes (leurs parents pour la plupart) par des réflexions et des questions dignes des plus grands hommes politiques. Entre innocence et revendication, les personnages de Quino sont tous fabuleux ! Mais bon, je n’ai pas besoin de vous convaincre car vous avez tous lu Mafalda (12 tomes et l’intégrale chez Glénat).
D’où l’intérêt de cette chronique. Car En voyage avec Mafalda est le catalogue d'une exposition itinérante consacrée non seulement à la petite fille mais aussi au travail de son créateur. Car son œuvre de dessinateur de presse et d’humoriste est immense et ne se résume pas qu’à Mafalda. C’est d’ailleurs pour éviter d’être "étouffé" par son héroïne qu’il arrête les publications en 1973. A l’image d’un Sempé ou d’un Plantu en France, Quino n’a eu de cesse de dessiner depuis ses premières années. Cette exposition vous invite à voyager dans les rêveries et l'univers du dessinateur. Bien sûr, vous ne trouverez pas toute son œuvre dans ce livre mais des points de rappel, des découvertes et du bon, du bon, du bon ! Ainsi, à travers plusieurs thématiques (Les origines, le monde du réel, l’île déserte, l’envol, la
table, la musique, la mort…) vous explorerez toute la richesse et l’humour de Quino.
Bien entendu, pour les fanatiques de Mafalda (comme moi), vous (re)découvrirez également, une petite partie des meilleurs strips de Quino regroupés par les thèmes chères à l’héroïne (la soupe, la paix, les parents, les devoirs, les questions…). Si vous avez des enfants, c’est une bonne façon d’aborder cette série himalayenne. Et puis vous aurez le droit à quelques bonus (comme dans les DVD dis donc !) comme les cartes d’identité des personnages, les illustrations faites pour la déclaration des droits de l’enfant et quelques autres surprises.
Bref, un bon petit livre pour découvrir un très grand auteur ! Amis quinophiles, bonne lecture !
A découvrir : la biographie et la bibliographie de Quino disponible chez Glénat.
A lire : une interview sur le site de l’UNESCO.
A voir : pour les hispanophones (et les autres), quelques vidéos de la série animée.
Larcenet déménage !
L'info du jour
Pour ceux qui n'aurait pas vu, Manu Larcenet a déménagé son blog près de chez nous (sur canalblog) ! Temps perdu laisse sa place à Epais & Tordu. Donc rendez-vous là-bas !
lundi 11 juin 2007
Nononba : esprit : est-tu là ?
Nononba (scénario et dessin de Shigeru Mizuki, éditions Cornelius, 2006)
Ce manga d'un auteur encore inconnu du grand public français il y a quelques mois a été récompensé du prix du Meilleur album 2006 à Angoulème en Janvier dernier.
Epais, (414 p.), et publié dans la collection Pierre, Nononba est un pavé jeté dans la mare des publications BD française et dans celle des mangas tout court. Il faut évidemment aimer cette littérature et goûter aux plaisirs du manga dit "adulte" (rien à voir içi avec l'érotisme) pour apprécier pleinement ce gros volume en noir et blanc où l'action ne prime pas; mais quel plaisir, quelle jubilation !...
Mizuki est né en 1922 et se pose donc comme l'un des plus anciens créateurs de manga encore vivant. Il a eu une vie plutôt exceptionnelle, puisque malgré des aptitudes précoces au dessin, pris jeune dans les méandres de la guerre du pacifique, on nous explique dans sa bio (site Cornelius) qu'il a été mutilé et que prisonnier, il a vécu au sein de tribus autochtones avant de revenir au pays et de faire sa carrière de mangaka.
Il a gardé de ces expériences et de l'accompagnement, enfant, d'une grand-mère portée sur la sorcellerie un fort penchant pour le surnaturel, thème de la plupart de ses ouvrages (les fameux Yokaïs, esprits frappeurs traditionnels), mais aussi une grande humanité que l'on retrouve très présente dans ses récits. Certaine scènes, tellement fortes, et aux dialogues si bien choisis ne peuvent d'ailleurs être que des moments vécus.
C'est en grande partie ce qui fait la qualité de ce Nononba, du nom de la même grand mère complice de notre jeune héro Shigéru Muraki.
Au niveau graphique, on cite souvent Taniguchi et ses trames très propres (trop ?) lorsqu'il s'agit de qualité dans le manga. Içi, nul classissisme au cordeau, mais plutôt un mélange entre souplesse d'un trait un peu gras et rigueur d'une trame fine souvent horizontale . Une sorte de mix improbable entre un Nakazawa, l'auteur de Gen d'hIroshima et un Taniguchi...
Je ne peux résister à l'envie de vous proposer un extrait de philosophie pure, tirée des nombreuses cases consacrées aux moments de discussion entre Shigéru et son père.
Mêlés au fil fantastique du récit et à sa poésie inhérente (la mer qui refloue, la séparation d'avec la petite fille, les discussions entre enfants...) , ces moments d'échanges intimes apparaissent finalement comme ce que l'on fait de plus fort en littérature, ce qui porte aussi souvent un roman, et ceux-ci pourront rappeler aux plus cinéphiles l'ambiance de films de réalisateurs japonais comme Mizoguchi ou Imamura.
...Meilleur album ?... sans aucune réserve, et à mettre entre toutes les mains !!
A lire aussi : chez le même éditeur : Kitaro le repoussant et 33 rue des mystères
Pour aller plus loin : une présentation de l'univers des mangas adultes (fichier PDF)
*photo de l'auteur provenant de son site officiel : http://www.japro.com/mizuki/
Cornelius : toute une famille...
Et un site en or !
Je ne ferai pas l'affront aux lecteurs d'IDDBD de présenter cette maison d'édition parisienne responsable pour moi en tout cas d'une grande partie des meilleures publications bande dessinée de cette fin de vingtième siècle.
Cela grâce et à cause d'un catalogue cohérent offrant des livres réalisés avec amour et soin, ainsi que des auteurs à très forte identité.
On peut ajouter à cela une politique éditoriale courageuse ayant permis au public français d'avoir pu à nouveau lire, et de belle manière des auteurs étrangers incontournables tels Crumb, Charles Burns, ou Daniel Clowes, et aujourd'hui encore Shigeru Mizuki avec l'ouverture au manga de l'éditeur.
Quelle folie ! est-ce dû à leur adresse ? : 100 rue de la Folie Méricourt ?
Il ne manquait cependant qu'une chose à la famille Cornelius depuis au moins trois ans, c'était un site présentant leurs collections sur la toile.
C'est enfin chose faite... et de quelle façon !
Stylisme classieux, coloré et fun à la Fantagraphics ou Top Shelf's touch (style de deux maisons indépendantes américaines oscillant entre art nouveau et kitsh), animation rigolote, musique branchée...
Cornelius.fr nous offre en fin de compte un plus beaux sites de la web'osphère.
En prime, comme si le fond du catalogue, agrémenté de goodies d'importation ne suffisait pas, un blog est aujourd'hui aussi proposé afin de se tenir au courant des affaires familiales. Un must !
A savourer : le site de Cornelius
A visiter : Humeurs... le blog.
A commander : l'art de la mouscaille, ou 16 ans de Cornelius, un collectif collector.
mercredi 6 juin 2007
Allah est-il le plus grand et Abdallahi est-il son apôtre ?
Abdallahi - Tomes 1 & 2 (scénario de Christophe Dabitch, dessin de Jean-Denis Pendanx, éditions Futuropolis, 2006)
Futuropolis, maison d'édition culte parisienne ayant participé largement au renouveau de la bande dessinée à la fin des années 70 s'est réveillée transformée après des années de sommeil. Sa nouvelle politique éditoriale depuis septembre 2005 ne pouvant reproduire ce qui a déjà été fait prouve néanmoins que son nom prestigieux n'est pas usurpé; ceci à l'aide d'une certaine exigence de qualité sur les titres proposés. C'est le cas de ce superbe dyptique, haut en couleurs dans tous les sens du terme.
Je ne connaissais pas ces deux auteurs, apparemment plus tournés vers l'illustration jeunesse pour Pendax, mais cette adaptation du récit de voyage de René Caillé, premier homme blanc a avoir pu visiter la ville mythique de Tombouctou et en être ressorti vivant en 1828 est une belle réussite.
René Caillé, fils de bagnard charentais part en 1824 à l'âge de 24 ans afin de traverser l'Afrique. Il feint de se convertir à l'islam en apprenant le Coran et en se donnant un nouveau nom : "Abdallahi", puis pendant un an au départ de St Louis du Sénégal sur la côte ouest intègre tout d'abord la tribu Maure des Braknas en Mauritanie afin de s'immerger. Il revient en 1827 et part cette fois de Kakondy en Guinée pour traverser à pied l'Afrique centrale, passant par le Niger, le désert saharien avant d'arriver enfin à Tanger dix huit mois plus tard. Un périple proche de l'enfer, le scorbut ayant failli l'emporter.
Le style graphique de Pendax cède souvent le pas à l'imagination, avec des peintures parfois floues remplies de couleurs magnifiques, tandis que le scénario et les dialogues de Dabitch parsemés de citations du livre de Caillé nous immergent au coeur du personnage central... nous faisant nous identifier parfaitement à celui-ci.
Rappelant certains Corto Maltese (Les Ethiopiques par exemple) de part sa poésie, son aspect contemplatif, ses dialogues et sa documentation, ou parfois Les Tours de Bois Maury lorsqu'il aborde l'aspect islamique sous son angle le plus familier ... , cette adaptation sent bon le vécu, et on imagine sans mal que de grands auteurs comme Hugo Pratt ou bien Hermann ont tous deux été aussi inspirés par ce récit initiatique.
Abdallahi fascine par la magie qui exulte de ses tableaux somptueux et de son souffle épique, et par là même se présente comme une oasis pour tout amateur de bande dessinée et de récits d'aventures.
Chef d'oeuvre !!

(photos du livre de Caillé tirées de : http://www.sahariens.info)
A visiter : le site de Futuropolis
A lire : la page consacrée à Pendanx sur BDGest
A dévorer : le périple de René Caillé sur Herodote.net
ps : Audrey, merci pour cette belle découverte !
Aujourd'hui, vus trouverez dans vos bacs le deuxième tome de George Frog (de Phicil au scénario et au dessin, et Drac aux couleurs), intitulé Rent Party, aux éditions Carabas (qui nous sortent ces derniers temps de vrais bijoux, soit dit en passant...). Si vous n'avez pas lu le premier tome, il est encore temps de réparer cette lourde erreur, puis de vous racheter en dévorant le deuxième. Pour le pitch, il est fourni par les éditions Carabas...
"Le récit se déroule dans l’Amérique des années 30, durant l’âge d’or du jazz, l’ère du swing et des grands orchestres de danse. Georges Rainette, se fait désormais appeler George Frog, un nom qui sonne comme un vrai musicien de jazz. S'il a abandonné le conservatoire pour se consacrer uniquement à cette musique qui le dévore... il n'en reste pas moins qu'il lui faut trouver de quoi se nourrir. Et notre grenouille n'est pas prête à entendre le discours d'un producteur qui lui demande de jouer à la manière d'un Beef Basie. Et puis quoi encore !! Le coeur encore lourd du départ de Cora, George est incapable de voir ce qui se passe sous son nez, ni le manège de cette jeune fille à qui il enseigne la musique, le groove, la note, bleue, évidemment.
Phicil continue d'explorer, dans ce second couplet, à rythmes chaloupés la condition d'artiste et les rêveries sentimentales d'une grenouille pianiste au caractère bien trempé."
A découvrir : le premier tome de Georges Frog
A télécharger : pour vous convaincre que ce que je vous ai dis des éditions Carabas n'est ni exagéré ni usurpé, téléchargez le programme des sorties du mois de juin 2007 (et vous m'en direz des nouvelles...). Cliquez sur ce fichier : view
mardi 5 juin 2007
la splendeur de l'Amérique en best of
American splendor - the best of (scénario d'Harvey Pekar, dessins : divers; éditions Ballantine books - USA)
Publié en 2005 aux USA, cette deuxième compilation "généraliste" des (censées être les) meilleures histoires de cette série de comics d'Harvey Pekar est toujours disponible en France sur les sites de vente en ligne généralistes et reste l'une des plus simples façon de connaître l'univers de cet auteur, qui n'était à ce jour pas traduit dans notre pays. (pas depuis the Quitter donc !).
Cela s'explique peut être par la caractère très américain de la démarche et des allusions, qui, je pense ne trouveraient sans doute pas suffisamment d'échos auprès du public français.
L'intérêt majeur de ce recueil d'histoires (17) en noir et blanc et de la série en général, en plus d'offrir des réflexions sinon pertinentes en tous cas gratinées sur la société américaine, réside donc dans la multiplicité des dessinateurs impliqués.
Ainsi, à l'image d'autres recueils ou "annuals" d'éditeurs américains (cf Expo 2000, Dark Horse maverick, Les Top Shelf on parade, 9-11 Emergency, Mome...), le lecteur français a l'occasion de découvrir d'une traite une multitude d'auteurs peu ou pas du tout connus outre Atlantique.
Une aubaine ... pour amateurs !
*Rectification à postériori : ce "Best of" complète le premier sortit en 1991 intitulé bizarrement "The New American Splendor Anthology" (chez Four Walls Eight Windows publisher) et propose des histoires plus récentes de la série, à l'inverse de ce que j'avais avancé sur mon blog en Janvier 2006. Pour trouver les épisodes plus anciens avec des dessins de Robert Crumb, c'est donc celui de 1991 qu'il faudra choisir en priorité. (cqfd).
News : La série qui comptait jusqu'à présent 31 épisodes (une première série de 1976-1993 parue en autopublication, puis une seconde chez Dark Horse), a été réactivée pour quelques épisodes l'année dernière, cette fois chez Vertigo, label de DC comics. Ces épisodes viennent d'être regroupés à leur tour dans un recueil bon marché intitulé "American splendor : another day".
A lire : la page documentée de Wikipédia consacrée à American Splendor
A découvrir : le site des 100 meilleurs comics (American splendor # 1 en 21eme position !) ainsi que les couvertures de chez Dark Horse
A lire : une note plus ancienne (blog d'Hector )sur le parallèle film/BD d'American Splendor
lundi 4 juin 2007
Dégonflé Pekar ?
The Quitter (scénario et dessin de Harvey Pekar, collection Vertigo, éditions Marvel Panini France)
Enfin une traduction d'Harvey Pekar ! Cela aura mit le temps. Cet auteur mis en lumière en France grâce au film American Splendor (2003) reprenant le thème de sa série BD culte n'avait jamais cependant eu l'occasion de trouver preneur pour une traduction. L'écriture de ce "one shot" biographique (ndlr : récit en une seule traite) en aura fourni l'occasion.
The Quitter ("le Dégonflé" en français) raconte l'enfance et l'adolescence difficile de ce jeune juif polonais dont les parents ont immigrés aux USA au milieu des années 30.
Pekar est un enfant complexé, mal dans sa peau qui déteste l'échec et se réfugie dans la bagarre lorsqu'il baisse les bras. Ce récit à forte teneur sociale et dramatique apporte une nouvelle image à l'auteur d'American Splendor.
La mise en image par Dean Haspiel, autre auteur "indépendant" américain connu entre autre pour son personnage Billy Dogma (the last romantic anti hero) chez l'éditeur Topshelf et qui a déjà travaillé avec Pekar sur sa série phare est plutôt agréable. Le trait noir et blanc de cet auteur quadragénaire oscille entre volubilité et angles coupés au couteau, lui conférant une touche très personnelle.
Les passages sur les hobbies de Pekar, amateur de jazz et de comics, qui lui feront entre autre écrire dans des revues jazz et rencontrer Robert Crumb ne sont pas les moins intéressants.
A la sortie, il résulte de The Quitter une introspection fouillée et toute en finesse de l'univers d'Harvey Pekar, qui se révèle bien plus efficace et abordable que le tentaculaire American splendor divisé en x fascicules à thèmes et difficilement trouvable.
Marvel France Panini avec sa nouvelle collection Vertigo Graphic Novel a donc vu juste et cette présentation soignée à l'identhique, au dos presque carré avec jaquette laisse présager, si les ventes suivent, d'autres belles découvertes du label de comics américain pour adultes.
A lire : la chronique d'American Splendor par Hector
A visiter : le site de Dean Haspiel
A voir : le site de Topshelf comix
A fouiller : le site du label US Vertigo
dimanche 3 juin 2007
Mains en l'air... non j'plaisante
RG - tome 1 : Riyad-sur-seine (scénario de Pierre Dragon et Frederik Peeters, dessins de Frederik Peeters, collection Bayou, éditions Gallimard)
Savez-vous ce qu’est un achat compulsif. C’est quand on voit une BD de Frederik Peeters sur une table et qu’on ne savait même pas qu’elle était parue.
Alors cette fois-ci que va-t-il raconter ? Une histoire fabuleuse avec une petite fille rencontrant un monstre (Koma avec Pierre Wazem), un récit autobiographique tendre et émouvant (Pilules Bleues) ou le récit intersidérale d’un vague à l’âme intérieur (Lupus) ? Non, RG, c’est l’histoire d’un flic. Pardon ?!!!!! Un polar !!!!!
Ben oui, un polar. Rien de bien original à première vue. A première vue...
En fait, cet album est le fruit d’une rencontre entre deux hommes que tout oppose : Pierre Dragon, flic aux RG, originaire du Sud-Ouest de la France et Frederik Peeters, dessinateur suisse. Joann Sfar (l’instigateur de cette rencontre) explique dans la préface de l’album : "C’est deux-là se ressemblent tellement peu que le courant passe tout de suite." Et c’est vrai. Dragon est un raconteur d’histoire et en 20 ans de métier il a des choses à dire. Ca tombe bien, c’est le métier de Peeters de créer des histoires. En plus il le fait bien. RG est donc le premier album issu de cette collaboration.
L’histoire est simple : une vie de flic. Un matin, on propose à Dragon de diriger une cellule spéciale des RG pour venir en aide à la DST (l’anti-terrorisme). A partir de là, on se retrouve à arpenter Paris en compagnie du flic. Ouvrier de la justice dans une ville moderne, il fait son job en professionnel, pas de regrets, pas de remords, une dose de cynisme, beaucoup de culot, de l’humour et surtout l’efficacité avant tout. La patte de Frederik Peeters est bien présente. Chroniqueur du réel, il ne s’attache pas qu’aux simples événements. Les détails dans les dialogues où les situations, les rapports humains, le passé des personnages, toutes ces petits choses forment une mosaïque décrivant l’univers des policiers mais aussi de notre monde. "Il fouille le ventre d’une cité moderne" (Joann Sfar toujours). Donc, pour vous résumer la situation, vous ne trouverez pas de bad boys dans cette BD, ni des porches-à-donf’-dans-les-rues-de-Paris, pas d’explosions ni de cascades, rien de tout ça. Vous n’êtes pas dans le cliché Belmondo-hollywoodien, mais dans la vraie vie (j’aime dire ça quand je parle d’une BD).
Pour Pierre Dragon, le but de cette BD était de faire connaître le vrai travail de la police. Je ne sais pas s’ils ont réussi (je suis assez mal placé pour vous le dire, mais si on fait une BD sur le vrai travail des bibliothécaires pas de soucis !). En tout cas, voici une bon début de série. Plus qu’un polar, pas une biographie, juste une histoire simple de vies compliquées sans aucune prétention ni jugements. Sensible mais virile, comme ses héros.
A lire : la bonne chronique de sceneario.com
A lire : la chronique sur graphivore
A voir : quelques planches sur Wartmag.com





