mardi 20 mars 2007
Journal d’une disparition (scénario et dessins de Hideo Azuma, Kana, Collection Made In, 2006)
Journal d'une disparition, c'est l'histoire presque autobiographique d’un auteur de manga qui tout à coup "pète" les plombs, ne supporte plus le rythme de travail et "disparaît" laissant tout le monde sans nouvelles…(Synopsis de l’éditeur)
Hideo Azuma est un mangaka reconnu. Mais voilà, en 1989, la pression devient trop forte il laisse tout tomber. Il part, laissant femme, enfants, travail et éditeur derrière lui. Il raconte tour à tour diverses périodes de sa vie : ses deux « fugues », où il est parti sans laisser d’adresse et a vécu dans la rue ; sa vie comme ouvrier spécialisé dans les conduites de gaz, sa vraie profession d’auteur de manga (assez incroyable) et surtout son alcoolisme.
Sous un dessin très classique (pour un manga) presque comique, très proche du trait de Tezuka (on apprend qu’Azuma a travaillé avec le maître), Hideo Azuma raconte sans remords ni honte, les travers de sa propre existence. Il ne prend pas de gant, ni avec lui-même, ni avec les autres, et dépeind un univers du manga difficile, où la pression est sans cesse plus forte. Journal d’une disparition est le témoignage d’un mal-être et d’une détresse. Heureusement, la grande qualité narrative de cet auteur chevronné ne rend pas l’histoire pathétique. On s’accroche, on rigole parfois, on s’étonne souvent et au bout de la lecture on voudrait encore en savoir plus sur cette vie étrange. Description sociale d’une profession entr'aperçue de l'intérieure, Journal d’une disparition est un vrai manga d’auteur qui donne une fois de plus ses lettres de noblesse au genre. A faire lire au sceptique.
A noter, cet album a reçu le prix Tezuka 2007 (le plus prestigieux au Japon)
A lire : la critique de Krinein.com
A lire : la biographie de Hideo Azuma sur le site de l’éditeur
Coup de coeur du jour : Death note - Tome 2
Dans la chronique du 15 mars (trois chroniques en dessous de celle-ci), je vous parlais du premier opus de Death Note. Je vous disais qu'on sentait un scénario sur le point d'exploser à la figure. Et bien, après lecture du second tome, je dois vous confirmer mon impression !
Un manga à la fois original et terrifiant ! A lire sans aucune modération.
lundi 19 mars 2007
Le marquis d'Anaon - Tome 4 : La Bête (scénario de Fabien Vehlmann, dessin de Mathieu Bonhomme, éditions Dargaud)
Il est des séries BD qui mêlent non seulement des scénarios à toute épreuve et un dessin toujours à la hauteur mais également une profondeur psychologique rare et le plaisir de retrouver notre héros, fidèle à lui même mais changé au fur et à mesure des épreuves qu'il rencontre. Le Marquis d'Anaon est de ces séries là (comme Isaac le Pirate et bien d'autres...).
Dans ce quatrième tome, nous retrouvons Jean-Baptiste Poulain, le Marquis des Âmes en Peine, en plein coeur des Alpes, toujours au XVIIIème siècle et toujours au coeur d'une mystérieuse affaire. Une bête (ou un démon ?) terrorise les populations locales en massacrant des villages entiers, dans un déchaînement de violence incroyable. Il n'en faut pas plus au bon roi de France pour lancer ses Dragons à la poursuite de l'étrange bête, accompagnés par le cousin de leur capitaine, le fameux Marquis d'Anaon, dont les récits étranges font les délices de la cour... et les nôtres...
Si vous ne connaissez pas encore cette superbe série, plongez-vous sans hésiter sur les trois premiers tomes qui vous entraînerons tout à tour sur une île bretonne où un baron réalise de terrifiantes expériences de psychologie appliquée (L'île de Brac), dans un village auvergnat où de jeunes vierges sont horriblement assassinées à la veille de Noêl (La vierge noire), et à Paris puis en route vers l'Espagne à bord d'un navire maudit (La Providence)...
A voir : quelques planches sur le site des éditions Dargaud
A lire : l'excellente chronique de UniversBD.com (très complète)
samedi 17 mars 2007
Jacob le cafard (scénario etdessin de Will Eisner, collection Contrebande, éditions Delcourt)
Ouvrir un album de Will Eisner, c'est comme choisir un recueil de Raymond Carver sur l'étagère de sa bibliothèque, ou mettre de côté le dernier Djian pour un peu plus tard, juste pour faire durer le plaisir de s'y plonger. Ouvrir un album de Will Eisner, c'est choisir une bande dessinée en se disant que l'on en sortira sinon plus intelligent, à tout le moins plus humain, ce qui n'est déjà pas si mal et ce qui est le propre d'une véritable oeuvre d'art.
Car parler d'un album de Will Eisner, c'est parler d'art mais c'est aussi parler de la vie. Réglons d'abord le sujet du dessin : il est parfaitement maîtrisé avec ce petit plus qui rend compte avec subtilité des états d'âme des personnages, plus vrai que nature, dont on partage l'intimité l'espace d'une lecture.
Sur le fond, c'est toujours aussi grandiose. A partir de rien, d'existences banales qui s'entrechoquent au hasard des circonstances, Will Eisner réussit à tirer des histoires qui deviennent des mythes tant ils en appellent à cette mémoire et cette culture collective que nous appelons civilisation. Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi sommes-nous ce que nous sommes ? Pourquoi notre vie vaudrait-elle plus que celle du cafard, cet organisme vivant qui nous a précédé et qui vraisemblablement nous survivra ? Quelle est la place de D.ieu dans tout cela ? Y-a-t-il finalement un plan derrière nos vies ?
Will Eisner, en bon penseur juif, se garde bien de répondre aux questions qu'il nous pose. Ces histoires ne sont là que pour nous aider à trouver nos propres réponses. Et tout ça dans une petite BD...
Accessoirement, en lisant Jacob le cafard, vous en apprendrez plus sur la Grande Dépression américaine de 1929, sur la main-mise de la mafia sur les syndicats, sur la montée de l'hitlérisme en Allemagne, sur les tentatives de révolution bolchevique aux USA, sur les moyens utilisés par les banques pour flouer les petits porteurs d'actions et sur l'amour... tout ça au travers d'un épisode de la vie de Jacob Starkah, un vieux menuisier juif du Bronx !
A lire : la chronique de Sullivan sur positiverage.com
jeudi 15 mars 2007
Phénomène
Death Note T1 (scénario de Tsugumi Ohba, dessins de Takeshi Obata, édition Kana, Collection Dark Kana, série terminée en 12 tomes).
Le dernier petit phénomène du manga est enfin arrivé en France. Curieux de nature et après avoir lu plusieurs critiques assez élogieuses, je me suis procuré (pour 5€) le premier tome de Death Note.
Dans le monde des morts, Ryûk, l’un des dieux de la mort à l’allure 100% gothique, s’ennuie. Pour s’amuser un peu, il décide d’abandonner son Death note, son livre des morts, dans le monde des humains. Pour info, il suffit d’écrire le nom d’une personne dans ce cahier et de visualiser son visage pour qu’il meure dans les conditions voulues.
Le Death note tombe dans les mains de Light Yagami, un élève surdoué de
17 ans. Ce dernier va l’utiliser pour lutter contre le crime et l’immoralité de la société (vaste programme). Light va devenir à la fois juge et bourreau. Rapidement, la police cherche à comprendre la raison de ces crises cardiaques à répétition et peu à peu l’étau se resserre autour de lui. Surtout quand le mystèrieux L, un super flic, se lance à sa poursuite.
Sous ses faux airs de shonen (normal, T.Obata est le dessinateur d'Hikaru no Go), Death Note va sans doute s’aligner sur des thrillers étourdissants comme Monster ou Heads. Mais n’attendez pas de grandes courses poursuites, nous sommes plutôt dans une partie d’échecs où le psychologique et la stratégie priment sur l'action pure. Light Yagami et L sont terrifiant de froideur et de détermination. Paradoxalement, Ryûk est le personnage le plus humain. Il est comme nous, témoin des évènements, subissant surprise après surprise la lutte entre ces deux personnages.
Si ce premier album pose les règles des tomes suivants (et souffre donc de quelques longueurs en milieu de lecture), on sent un scénario qui est sur le point de nous exploser à la figure. Je m’avance peut-être un peu mais… Bref, je vais suivre ça de prêt ! Le tome 2 étant déjà sorti.
A voir : un des nombreux sites sur Death Note (quand on vous dit que c’est un phénomène !)
mercredi 14 mars 2007
Lundi 5 mars, IDDBD vous annonçait le 3ème Salon de la BD aéronautique qui s'est tenu le week-end dernier. Sachez qu'au cours de ce salon, Régis Hautière a remporté le prix du meilleur scénario avec Tucker (dessin de Taborda), Romain Hugault (c'est lui sur la photo) a remporté le prix du meilleur coloriste (pour la 2ème année consécutive), et que le prix du meilleur album de l’année a été attribué à Au-delà des Nuages par Hautière et Hugault, qu'IDDBD a particulièrement apprécié. Félicitations à eux ! Et puisqu'on y est, j'invite tous les fans de BD aéro à aller faire un petit tour sur le site Cockpit des éditions Paquet...
Sinon... IDDBD revient dès demain avec de nouvelles chroniques (et pas seulement des infos du jour). Patience...
lundi 12 mars 2007
Ca faisait un moment que l'on avait pas parlé des éditions Soleil. Certainement à tort. Pour se faire pardonner, mais surtout parce qu'on a repéré un chouette album à venir, je vous signale la sortie, le 28 mars prochain d'Edlyn. Bien entendu, je ne l'ai pas encore lu (sinon je vous l'aurai chroniqué...), mais le pitch à l'air sympa. Et le dessin de Cécile Brosseau est magnifique.
Dernière info : Cécile Brosseau participe au Festival BD de Peros-Guirec, les 14 et 15 avril 2007, dont l'invité d'honneur est Willy Lambil (Les Tuniques Bleues)... Il y aura aussi (entre autres) Algérisas (Candélabres), Guillaume Bouzard (Plageman), Eric Cartier (Diego de la SPA), Didier Crisse (Atalante, Luuna), Steve Cuzor (Black Jack), Franck Giroud (Le Décalogue), et bien d'autres auteurs. A suivre (IDDBD vous en dira plus bientôt)...
A lire : le pitch d'Edlyn, (ignominieusement) pompé du site des éditions Soleil sur lequel vous pourrez lire les 6 premières planches...
"Edlyn a six ans, un frère et une soeur ! Elle habite sur une île du littoral Atlantique, son père est marin pêcheur. Strict, coléreux et souvent injuste, ses départs en mer soulagent Edlyn…
Un jour, tandis qu’elle observait son bateau s’éloigner au loin, elle croise la route d’un jeune garçon d’une dizaine d’années. Ils deviennent vite inséparables. Mais qui est-il ? Grâce à une mystérieuse boîte cachée au fin fond d’une crique, Edlyn découvrira son secret, son identité…
Vit-elle un rêve, une réalité ? Ce jeune garçon disparaîtra-t-il aussi
vite qu’il est apparu ? Et que contient cette étrange boîte ? Le doute s’installe…"
A visiter : le site du Festival BD de Peros-Guirec
dimanche 11 mars 2007
Chiens de prairie (scénario de Philippe Foerster, dessin de Philippe Berthet, couleurs de Dominique David, collection Conquistador, éditions Delcourt)
Si vous lisez IDDBD depuis un moment, vous savez que l'on a ici quelques marottes. Non seulement pour certains auteurs (mais oui David, je pense aussi que Frederick Peeters est un grand parmi les grands...) mais aussi pour certains sujets. Certes, notre éventail est large mais de temps en temps, comme au cinéma, on aimme bien se faire une bonne comédie sentimentale ou un bon western. Et bien aujourd'hui, c'est western les amis !
Et un vrai (comme tous les autres que nous avons chroniqués, d'ailleurs...) ! Racontée par Calamity Jane herself, cette histoire vous entraînera dans les plaines de l'Ouest sauvage, au temps des bandits en liberté et des chasseurs de primes troubles. Chiens de prairie, c'est une course poursuite entre d'étranges chasseurs (un frère et sa soeur que l'on dirait tout droit sortis d'une BD de Marini et Dufaux) et un vieil homme dont la tête est mise à prix, JB Bone, transportant le cercueil de son comparse, qu'un enfant marqué d'une croix sur le front et apparemment sourd-muet, Moïse, va rejoindre sur sa dernière route... Pas évident de raconter un western sans retomber dans les clichés habituels, tout en conservant ce qui fait tout le sel du genre. Philippe Foerster y arrive parfaitement : son scénario est un fin dosage des ingrédients de notre Ouest imaginaire et d'un petit "quelque chose" en plus. Résultat : Chiens de prairie, ce n'est pas de la grosse tambouille de cow-boys...
Quant au dessin de Philippe Berthet (mais oui, le dessinateur de la série Pin Up !), il est est d'une efficacité redoutable : sans être totalement réaliste, son trait arrive à vous plonger dans l'ambiance de l'Ouest avec une facilité et une rapidité étonnante (merci aussi aux magnifiques couleurs de Dominique David, très travaillées...). Vous y êtes ! Là, au milieu des hautes herbes, dans les forêts, sur les pitons rocheux... Et lorsque l'action se déchaîne, les plans très serrés vous y font plonger...
En définitive, Chiens de prairie est une très bonne BD de western que vous aurez du plaisir à redécouvrir au fond de votre bédéthèque préférée (l'album date de 1996...).
Pourquoi se crever à faire le tour de la blogosphère des dessinateurs de BD alors que d'autres le font pour vous ? Oui, pourquoi ? C'est ce qu'on s'est dit sur IDDBD, après avoir cliqué sur une bannière croisée sur le blog de Hervé (si vous ne suivez pas, c'est pas grave...). Bref, allez sur blogsBD.fr et vous comprendrez que le bonheur, c'est simple comme un coup de clic... Et si vous nous disiez un peu ceux que vous préférez ?
samedi 10 mars 2007
Pas touche !
Miss pas touche - Tome 2 - Du sang sur les mains (scénario Hubert, dessins Kerascoët, Dargaud, Collection Poisson Pilote, Mars 2007)
Oui, après avoir raté honteusement la date de sortie de Miss pas touche tome 2, je me le suis fait honteusement offrir ! Blanche, la vierge du bordel, la furie intouchable du Pompadour, revient pour terminer son entreprise. A savoir : démasquer le boucher des guinguettes, l’infâme serial killer qui a tuée sa sœur !
Si le premier tome posait l’histoire, les personnages et prenait le temps de créer une atmosphère singulière, le second est en revanche une vraie balle ! Actions, rebondissements, machinations, découvertes des secrets de chacun, ah que ce scénario est bien mené ! Quant au dessin des deux compères (Marie Pommepuy et Sébastien Cosset), il est toujours aussi impeccable. Un peu de Blain, quelques pincées de Sfar, du talent et tout va bien dans la meilleure des BD possibles. Un dyptique dans la plus pure tradition Poisson Pilote qui restera dans les esprits des bédéphiles ! Et vu la qualité de l’ensemble de la collection, c’est un compliment.
Si à IDDBD, on avait aimé le premier pour son atmosphère et son dessin, le second loin de se reposer sur ses lauriers, apporte un souffle de polar noir. Sublime !
On regrettera seulement que l’histoire se termine ici. On aimerait vraiment retrouver cette Miss pas touche dans de nouvelles aventures. Allez les auteurs, s’iou plaît !
A noter également du même scénariste, le superbe album La Sirène des Pompiers, un hommage à la peinture classique du 19e siècle. Un petit bijou dont je vous parlerai dans une prochaine chronique (si vous êtes sage) !
A lire : la chronique du premier tome
A lire : la chronique de vacances sur IDDBD
A lire : la chronique de sceneario.com
A voir : les premières planches sur BD Gest’


