lundi 11 septembre 2006
Vagues à l'âme (scénario et dessin de Gregory Mardon, collection Tohu-Bohu, éditions Les Humanoïdes associés, 2000)
Je sais, nous sommes lundi, c'est le début d'une semaine de travail acharné pour la plupart d'entre nous et Vagues à l'âme n'est peut-être pas le titre de chronique le mieux adapté pour vous redonner moral. La bonne nouvelle, c'est qu'il s'agit d'une chronique du Bib de Poissy !
Quelques trous dans une toile cirée et de vieux souvenirs remontent à la surface pour Carmen. C’est une histoire simple qu’elle raconte à son petit-fils, celle d’Adolphe Hérault, garçon boucher du Nord de la France qui rêvait d’ailleurs. En prenant la mer un jour sur un bateau militaire, il accomplit son rêve...
Quand il écrit et dessine Vagues à l'âme, Gregory Mardon signe son premier ouvrage solo. Si celui-ci n’est pas un néophyte (Cycloman avec Berberian tout de même !) on peut tout de même parler de la naissance d’un véritable talent de scénariste et de dessinateur. Dans le petit format de la collection Tohu-Bohu, cette bande dessinée passe un peu inaperçue. Tant mieux car elle fait partie de ces petits trésors qui, par un heureux hasard, nous tombe dans les mains et qu’on ne souhaite plus lâcher.
D’un trait fin, tout en mouvement et dont le noir et blanc fait ressortir toute la force, Gregory Mardon évoque la vie de son héros : son grand-père. Parti un jour de sa province pour parcourir le monde et revenu, au soir de sa vie, chargé d’histoires et de passion. Ce personnage attachant, presque caricatural, est le grand-père rêvé de tous les petits enfants. Vagues à l'âme est un appel au large, empreint d’une nostalgie chargée d’épices, de soleil et de fantaisies, bref, un vrai bonheur !
Gregory Mardon a également signé Corps à Corps, un autre one-shot très remarqué dans la collection Aire Libre. Si la mise en couleur de son dessin n’est pas une réussite, son scénario reste encore très bon. Il décrit avec délice et virtuosité la vie de parisiens anonymes mais tout de même un peu particulier… Je vous laisse découvrir.
A noter deux séries chez Dupuis, Incognito et Leçons de choses (sorti le 6 septembre).
A lire : la bio de Gregory Mardon
A lire (aussi) : son interview sur ActuaBD
dimanche 10 septembre 2006
Le rêve de Jérémie (scénario et dessin de Riad Sattouf, collection Poisson Pilote, éditions Dargaud)
Après les Jolis pieds de Florence et le Pays de la Soif, nous retrouvons Jérémie dans de nouvelles pauvres aventures. Cette fois, ça y est, il a enfin atteint son but : il est macqué à une nana normale, pas tordue, pas allemande, juste super riche... Quoi ? Jérémie se case ? Ouais, enfin c'est peut-être pas aussi simple que ça parce que sa nana, Honorine, en plus d'être super friquée, hérite d'une maison de maître remplie de flingues et de fantômes, parce que Jérémie se retrouve dans un club échangiste, change de look et emboutit sa caisse sur le parking de Casturama... Sans compter qu'autour de lui, c'est un peu le délire entre son pote Moselle toujours aussi obsédé et la soeur de son pote Moselle qui recherche frénétiquement un géniteur tout en cherchant à casser la gueule de sa collègue... Ah j'oubliais ! Vincent Delerme est aussi de la partie (si j'ose dire) : il se prend même un pied de tabouret dans le c... !
Bref, encore une fois, rien que du léger et du bon goût dans ce nouvel opus de la vie de Jérémie. Et dire qu'on attend déjà le suivant avec impatience ! On est grave non ? Presque autant que Riad Sattouf...
A lire : quelques planches sur le site de la collection Poisson Pilote
A lire (aussi) : la critique de Benoît Richard sur le site Benzinmag.net
samedi 9 septembre 2006
Pilules bleues (scénario et dessin de Frederik Peeters, collection Flegme, éditions Atrabile, 2001)
Si j'en crois les statistiques des visites d'IDDBD, vous appréciez les chroniques du Bib de Poissy. Alors, comme on est pas contrariant à IDDBD, on vous en donne encore à lire. C'est excellent et ça donne envie de lire... Et vous voudriez qu'on s'en prive ? Ca va pas la tête ?
Ca aurait pu être une simple histoire d‘amour. Nous sommes à Genève, un auteur de bande dessinée entre dans la vie d’une femme et de son fils. Mais voilà, les pilules bleues compliquent tout. Chaque jour, pour l’enfant et sa mère, cette toxicomanie vitale rappelle la réalité : celle du sida.
Oula ! Pas drôle IDDBD aujourd’hui ! Oui mais attendez, je parle de Frederik Peeters là ! Et pour évoquer cet auteur, j’ai choisi de vous résumer l’un de ses plus beaux albums. Pilules bleues constitue sa première incursion dans le genre autobiographique. Sur 200 pages, il pose la complexité des relations humaines. L’intimité, la sexualité, la maladie et les angoisses résultantes sont abordées avec simplicité et parfois humour. Avec son trait épais en noir et blanc, Frederik Peeters croque simplement la vie : le sourire des amants, le visage d’une mère inquiète, les yeux globuleux d’un enfant accroché à son biberon de lait. Rien de spectaculaire mais il est difficile de rester de marbre face à ce récit mené avec autant d’intelligence. Une vraie réflexion sur la vie et une vraie claque à la première lecture.
Je ne cacherais pas que, pour moi (et j’assumerai mon opinion), Frederik Peeters est l’un des auteurs de BD les plus doué et important de sa génération. A vrai dire, si je devais le comparer à d’autres, il aurait l’intelligence narrative d’un Trondheim et la puissance évocatrice d’un Blutch. Oui, j’ai dit que j’assumerai ! Malgré le flot de nouveautés, c’est quand même assez rare de fermer une BD et de se sentir plus intelligent.
A ce niveau-là, on est loin des stéréotypes héroïques et gonflés d’hormones des grandes sagas médiévales fantastiques ou des super-héros-milliardaires bondissants (pour reprendre une expression de Larcenet), on lit de la bande dessinée (je n’ai pas mieux comme compliment).
Je n’aime pas affirmer des évidences ainsi, je vous laisse lire ce petit passage (pp 82-83) :
De toutes les fois où j’ai pu aimer, je n’ai jamais ressenti de réelle admiration. Je ne parle surtout pas de fascination, ou de vénération, mais de cette admiration qui inspire le respect comme quand quelqu’un accomplit quelque chose dont on reconnaît, avec une moue de la bouche et un hochement de tête, qu’on en serait soi-même incapable…de cette admiration qui donne de la joie et l’envie d’offrir son aide… A la longue, j’ai réussi à me débarrasser définitivement de la moindre trace de pitié que je trimbalais comme un caillou dans ma chaussure.
A vous de juger.
A lire aussi, Koma (4 tomes) aux Humanos avec Pierre Wazem, Lupus (4 tomes) chez Atrabile qui fera sans doute l’objet d’une chronique à venir et Constellation chez L’association…
A lire : l'interview de Frederik Peeters chez sceneario.com
A voir : l’ancien site de Frederik Peeters (il a fermé mais l’animation vaut quand même le coup d’œil)
vendredi 8 septembre 2006
Balade Balade (scénario et dessin de Kokor, collection Integra, éditions Vents d’Ouest, 2003)
Une nouvelle chronique du Bib de Poissy, c'est un petit rayon de soleil et de talent sur IDDBD. Alors, quand le Bib nous propose en plus une balade (même en bégayant...), on se laisse embarquer...
Balade Balade ne ressemble à rien. Tout comme les histoires écrites par Kokor. J’entends par là qu’elles sont tellement originales que vous ne lirez jamais quelque chose leurs ressemblant. Balade Balade c’est l’histoire d’un petit extraterrestre venu acheter la terre suite à une annonce passée dans l’univers. Comme tout bon acheteur, il souhaite visiter les lieux… à cheval. Son guide, l’agent immobilier en chef Sullivan Villette, l’emmène alors dans une grande balade.
Balade Balade c’est aussi l’histoire d’une société accrochée tous les soirs à son poste de radio, écoutant une saga radiophonique où un petit extraterrestre vient acheter une planète et décide de la visiter à cheval… ?!!!?
Rêve ou réalité ? Tout en se laissant bercer par le rythme calme et poétique de ce joli conte moderne où le désuet (saga radiophonique) côtoie le fantastique (l’extraterrestre), on se rappelle, et c’est important, que l’imagination dépasse souvent le réel et parfois même, qu’elle s’en nourrit.
Quant au dessin tout en noir et blanc, là non plus, je n’ai pas trouver de réelle filiation avec un autre dessinateur. Boucq peut-être mais il faut chercher. Le trait de Kokor sert cette magnifique histoire avec talent. Certains panoramas sont magnifiques (je pense au passage sur l’île de Pâques) et ses personnages ont de vrais « gueules ».
Voilà, même si cette bd est parue en 2003, elle mérite bien une chronique sur IDDBD car il est rare de voir un objet aussi original dans les flots de nouveautés nous inondant chaque mois.
A noter, le très sympathique Kokor (merci pour la dédicace...) sort le 18 septembre le premier tome des Voyages du Docteur Gulliver toujours chez Vent d’Ouest. Je ne doute pas que cet album sera de nouveau très surprenant.
A lire : les avis sur sceneario.com
jeudi 7 septembre 2006
La fille du professeur (scénario de Joann Sfar, dessin d'Emmanuel Guibert, collection Expresso, éditions Dupuis)
Avant de dire quoi que ce soit sur cet album, une mention spéciale pour Guibert, le dessinateur : chacune de ses cases est un bijou, chacune des postures ou des expressions de la fille du professeur Bowell est une splendeur !
Pour l'histoire, on retrouve toute la folie de Joann Sfar dont la mort semble être, sinon une compagne, au moins une amie de longue date, de celles quel'on connaît bien et dont on finit par apprivoiser les traits d'humeur.
C'est en tout cas ce qu'ont réussi deux des protagonistes, deux pharaons momifiés depuis plus de 3000 ans et qui continuent malgré tout à courir après la vie et l'amour. C'est aussi ça la force de Joann Sfar : l'amour triomphe toujours de la mort qui rôde. Et nous, comme des gosses, on marche pas, on court...
A lire : la chronique d'Yvan sur du9.org
A lire : la fiche album sur le site Expresso des éditions Dupuis
mercredi 6 septembre 2006
Mon voisin le Père Noël (scénario de Philippe Bonifay, dessin et couleurs de Béatrice Tillier, collection Un monde, éditions Casterman)
Tous les ans, à la même époque, Hollywood nous ressert son énième ressucée de Miracle sur 34ème rue, Noël chezles Muppets et autres North Pole Express... C'est vrai que ça fait partie du paysage, je ne le conteste pas (en plus, avec quelques douceurs, ça se laisse avaler sans trop de mal...). Mais, d'un, on n'est pas à Noël, et de deux, on est pas obligé de se goinfrer de sucreries tous les ans. Deux bonnes raisons en tout cas pour s'intéresser à Mon voisin le Père Noël qui peut très facilement se lire à tout moment de l'année (la preuve...) et qui est aussi sucré qu'un verre de bile (j'ai trouvé que ça comme exemple, désolé...).
Si vous croyez encore au Père Noël, vous risquez d'être un peu secoué par l'histoire de ce Santa Claus là. Et si vous n'y croyez plus, vous risquez d'être secoué quand même. C'est triste, c'est pathétique, un peu dégoûtant, bref c'est de l'humanité dans toute sa désespérante splendeur. De quoi vous f..... bien les boules... C'est pour ça que l'on a aimé...
A lire : la chronique de Lapingue sur Bruit de Bulles
A lire (aussi) : les excellentes critiques d'Aub et Marie sur sceneario.com
A lire : l'album en ligne (en intégralité) sur le site Casterman (comme d'habitude, vous devez être membre du club... ça prend trente secondes...)
L'info du jour : "Out of Picture"
Raaaaahhhhhh !!!!!! IDDBD est en dessous de tout : nous ne vous avons pas parlé du vernissage de l'exposition "Out of Picture" qui a eu lieu hier soir, à 18h00, à la Galerie Arludik à Paris (12-14, rue Saint Louis en l'île dans le 4ème...) ! Quoi ? C'est pas grave ?
Remarquez, vous n'avez pas tout à fait tort. Certes, c'était l'occasion de rencontrer six des onze auteurs qui ont participé à "Out of Picture". Mais bon, l'exposition se déroule jusqu'au 30 septembre. Alors...
Mais au fait, c'est quoi "Out of Picture" ? Un ouvrage sublime publié par les éditions Paquet et dont IDDBD vous parlera la semaine prochaine... Ouf ! L'honneur est sauf...
mardi 5 septembre 2006
Rancho Bravo (scénario de Jean-Louis Capron, dessin de Blutch, éditions Fluide Glacial)
Rancho Bravo est un petit bled pourri de l'Ouest américain à la fin du XIXème siècle, en pleine époque Far West (mais non, on ne va pas encore vous reparler de Lincoln...). C'est donc plein de cow-boys brutaux à la gachette facile et de filles faciles à la culasse brutale. Bref, c'est le wild wild west avec tout ce que ça peut avoir de poétique et raffiné... Un coin où aurait pu naître et grandir notre cher Lincoln qui n'aurait pas dépareillé dans le décor (ah, ah, j'vous ai eu ! J'en ai parlé !).
Mais Rancho Bravo, c'est surtout une occasion en or pour Blutch de nous peindre quelques histoires pas piquées des hannetons, écrites par un Jean-Louis Capron en verve. Elles sont grinçantes comme des portes de saloon ces histoires, surprenantes comme des poules de saloon, acides comme de la gnole de saloon, bref ce qont des pépites d'humour noir qu'on ne se lasse pas d'admirer, de lire et de relire. Et le dessin de Blutch ! Bon sang, vous aimez l'expressionnisme ? Voilà le maître !
Rancho Bravo est une BD revigorante pour attaquer cette rentrée. A IDDBD, on ne s'en lasse pas !
A lire : l'excellente interview (tant pour les questions que pour les réponses) de Blutch sur le site de Jade
A lire : l'excellentissime article de Jessie Bi sur le site du9.org (à mettre a b s o l u m e n t dans vos favoris !)
A commander (en ligne) : l'album Rancho Bravo sur le site de Fluide Glacial (nous, on ne gagne rien... c'est vraiment pour vous !)
lundi 4 septembre 2006
C'est la rentrée les petits !
Le pays de la soif - Les pauvres aventures de Jérémie (scénario et dessin de Riad Sattouf, collection Poisson Pilote, éditions Dargaud)
Salut à tous ! Et bonne rentrée sur IDDBD ! Alors ces vacances ? Chaud, chaud, chaud ? Ou alors plutôt comme Jérémie ? Jérémie ? Mais si, rappelez-vous, IDDBD vous en avait déjà parlé ! Et bien Jérémie a passé des vacances mouvementées lui. En camping. En Bretagne. Incroyable ? C'est la vérité, je vous assure... Même qu'il a failli conclure, enfin ! Enfin... presque.
S'il n'y avait pas eu cette créature démoniaque sortie de la mer, et ces "ziva", et cet ancien mec du lycée qui n'arrêtait pas de le pourrir, et... et plein d'autres trucs et personnages qui ne cherchent qu'à se mettre entre Jérémie et son obsession : les nanas !
Car s'ils traversent Le pays de la soif , Jérémie et son pote sont surtout des affamés de sexe (comme son auteur d'ailleurs... du moins, c'est ce qu'il prétend...). Et toute cette boulimie innassouvie les plonge au coeur de situations plus abracadabrantes les unes que les autres. Et nous, hé ben on s'régale ! C'est tellement bon de voir les autres subir nos propres affres, non ?
A lire : les premières planches sur le site de la collection Poisson Pilote
A lire : la critique de Benoît Richard sur le site Benzinmag.net
vendredi 1 septembre 2006
Chronique de vacances # 26
On est encore dans les préparatifs de la rentrée officielle d'IDDBD, donc on a pas trop le temps de fignoler nos chroniques et pourtant on a envie de vous informer de ce qui nous intéresse dans le monde de la BD... Comment résoudre cette équation du premier degré sans inconnue ? En vous balançant en vrac tout ce qu'on trouve et qu'on trouve bien, bien sûr...
Et on commence par les Rêveurs, d'abord parce que c'est la maison d'édition de Manu Larcenet et ensuite pour la réédition de Fantagas, une BD de Carlos Nine initialement publiée (en 1995) par Delcourt (encore eux !). C'est disponible depuis le 24 août et ça vous coûtera 18 € (et non, c'est pas d'la pub, c'est d'l'info...). Pour en savoir plus, il vous suffit de cliquer là...
Sinon, sachez que Glénat se lance (dès le mois d'octobre) dans l'édition pour les petits (et futurs lecteurs assidus), sous le label P'tit Glénat. C'est pas vraiment de la BD mais comme à IDDBD on aime le livre en général et les ouvrages intelligents en particulier (ce qui est le cas de P'tit Glénat si j'en crois le programme de publication), on ne pouvait pas passer à côté du plaisir de parler de ce nouveau label (et oui, ça c'est de la pub...). Pour en savoir plus, il vous faut cliquer là : Acr97 (c'est un peu barbare mais bon, c'est assez efficace vous verrez...).
Pour aujourd'hui, c'est tout. Mais revenez demain pour la suite !