samedi 18 février 2006
Donjon Parade (scénario de Johann Sfar et Lewis Trondheim, dessin de Manu Larcenet, aux éditions Delcourt)
Nous poursuivons ce samedi notre exploration du Donjon, cette tentaculaire et mégalomaniaque entreprise de BD divisée en séries parallèles et complémentaires (5 en tout).
Pour vous remettre dans le bain, jetez un coup d'oeil à la première chronique d'IDDBD sur le sujet et à celle concernant Donjon Zenith. Justement, les aventures de Donjon Parade se situent chronologiquement entre les tomes 1 et 2 de Donjon Zenith...
Nous retrouvons Herbert de Vaucansson et Marvin le dragon (ainsi que tous les excellents seconds rôles) dans des aventures plus délirantes les unes que les autres : un donjon concurrent ouvre ses portes (tome 1 : Un donjon de trop), une lampe à souhait mal utilisée conduit nos deux héros à recueillir l'avis d'un sage (tome 2 : Le sage du Ghetto), des vampires mal intentionnés montent un plan abracadabrantesque pour dépouiller le Gardien de son bien le plus précieux (tome 3 : Le jour des crapauds), et enfin les Laurel et Hardy de l'heroïc fantasy enmènent les gosses du Donjon visiter une fosse sceptique de dragon (tome 4 : Des fleurs et des marmots) !
Vous l'aurez compris, Donjon Parade, c'est l'espace détente de la série Donjon, la pause café du paladin héroïque, le quart d'heure de franche rigolade du barbare teigneux ! On sent que Sfar, Trondheim et Larcenet se lâchent complétement dans cette série, partagent une même jubilation cartoonesque à fabriquer ces histoires et à les mettre en images. Avec tout de même parfois, quelques réflexions sur le monde et sa marche déglinguée : Sfar et Trondheim ne peuvent pas s'en empêcher même si dans Donjon Parade, cet aspect des choses est beaucoup plus allégé que dans les autres séries (par exemple, ils égratignent au passage les parcs d'attraction made in USA...). Quoi qu'il en soit, nous, on se laisse évidemment embarquer sans résister !
Bref, prenez n'importe lequel de ces albums (quatre à ce jour) : ils sont tous excellents ! Foi d'IDDBD, vous ne le regretterez pas.
A lire : les résumés et avis de Tito sur sceneario.com
A voir : les fiches du site des éditions Delcourt consacrées à Donjon Parade.
A z'yeuter (pour se faire une idée) : une planche du deuxième tome.
vendredi 17 février 2006
Dans notre série "les éditeurs de BD qui nous plaisent bien et que l'on aimerait présenter au grand public", nous partons aujourd'hui à la rencontre de la maison Soleil...
Ces bien nommées éditions ont été créées en 1988 sous les cieux cléments et lumineux de Toulon par Mourad Boudjellal, un vrai passionné de BD (organisation de son premier festival BD à l'âge de 15 ans et ouverture, en 1982, de la librairie spécialisée Bédulle).
Certes, les premières publications de Soleil ne sont en fait que des rééditions des mythiques séries Rahan, Mandrake, Tarzan ou le Fantôme (qu'IDDBD a découvertes dans les années 70 grâce à son tonton Julien...). Mais très vite, la jeune maison d'édition noue des liens avec de jeunes auteurs débutants (souvent du sud) qui vont rapidement confirmer leur succès et surtout lui rester fidèles.
Quelques très bons albums (Juif-Arabe de Farid Boudjellal, le frère de Mourad, les Maîtres Cartographes et Leo Loden de Christophe Arleston...) précèdent la sortie, en 1994, du premier tome de la série Lanfeust de Troy. Ceux qui ne connaissent pas encore Lanfeust dooivent absolument savoir que cette BD est aux éditions Soleil ce qu'Astérix a été pour Dargaud, ou Tintin pour Casterman : une vraie locomotive ! Les huit tomes de la série initiale ont même été complétés de trois séries parallèles (Trolls de Troy, Lanfeust des Etoiles et Les Conquérants de Troy) auxquelles il faut ajouter Lanfeust Mag, une revue de BD éditée par Soleil !
A partir de là, les éditions toulonaises vont connaître une croissance exponnentielle, surtout dans le domaine de l'heroïc fantasy qui va devenir leur fer de lance (c'est le cas de le dire...) avec des séries telles que Marlysa, Atalante ou Le fléau des dieux... Ce succès leur permettra de se diversifier (dans la science-fiction avec Universal War One, par exemple, le manga ou l'humour avec la collection Start!). Dans l'intervalle, la maison de Mourad Boudjellal s'associe en 2003 avec celle de Guy Delcourt (que nous évoquions la semaine dernière) pour fonder Delsol, la société qui assure désormais la diffusion de leurs albums. Voilà pour l'histoire...
Alors, qu'est-ce qui nous plaît tant à IDDBD ? Des choses comme le sud, le fait que l'ont sente les auteurs prendre du plaisir à faire les BD que Soleil publie, et surtout la passion. La passion de Mourad Boudjellal pour la BD qui lui a fait faire le même pari insensé que Guy Delcourt : ouvrir une maison d'édition à une époque où les géants de la BD occupaient un marché sinon confidentiel du moins sans rapport avec ce qu'il est aujourd'hui. A l'évidence, le pari est réussi !
A fouiller (sans retenue) : le site des éditions Soleil
A explorer : le site de Lanfeust Mag
jeudi 16 février 2006
Ingmar (scénario d'Hervé Bourhis, dessin de Rudy Spiessert, couleurs de Mathilda et Rudy Spiessert, aux éditions Dupuis, collection Expresso)
Attention ! Ingmar a débarqué sur nos côtes et ça va faire très mal (surtout à force de rire) !
Ingmar, c'est un viking, le fils du chef de village (qu'un méchant coup de hache a laissé avec la force vive et l'intelligence d'une laitue) et le frère aîné d'Epson, une brute sauvage dans la plus pur style nordique de l'époque. Or, il se trouve qu'Ingmar, petit être malingre mais intelligent, préfère fainéanter, courtiser les femmes du village restées seules abandonnées (sur la plage ?) ou raconter des sagas à leurs enfants... enfin tout plutôt que partir en campagne de pillage avec ses compagnons mâles et barraqués !
Malheureusement, notre fainéant, notre menteur d'Ingmar va devoir partir au combat... pour devenir chef et donc conserver sa tranquilité ! Au cours de son épopée (!), il rencontrera un moine qui, en lui refilant une Bible, va définitivement changer son destin... mais pas de la façon dont vous l'imaginez, évidemment.
Avec "Invasions et chuchottements" (titre du premier tome de la série), Hervé Bourhis et Rudy Spiessert nous ont concocté un album excellent (on espère une longue série !) au scénario brillant et au dessin superbe (si comme moi vous aimez la série Lincoln, vous comprenez ce que je veux dire). Certes, ce n'est pas la première fois que le duo nous livre de très bons albums (aux éditions Dupuis). Mais avec Ingmar, Hervé Bourhis et Rudy Spiessert ont encore relevé le niveau. IDDBD adore !
Vous aimerez si vous aimez : la BD Lincoln (pour le côté "anti-héros" et l'humour ravageur)
A lire (pour entrer au Valhala !) : les deux premières pages de l'album (les trois pages suivantes sont consultables sur le site Expresso des éditions Dupuis)
A déguster (pour se mettre en appétit, par Thor !) : l'excellente critique de Gallu sur le site bd-livres.krinein.com
A visiter (pour le plaisir, par Odin !) : le site d'Hervé Bourhis
mercredi 15 février 2006
W.E.S.T. (scénario de Xavier Dorisson et Fabien Nury, dessin et couleur de Christian Rossi, aux éditions Dargaud, 2 tomes)
Quel peut bien être le lien entre des personnages aussi différents que William Burns, gouverneur adjoint de l'Etat de New-York retrouvé pendu dans son salon alors qu'il portait sur lui les vêtements de sa nièce, Edward Goldsmith, un district attorney qui s'est défoncé la tête contre les murs de sa cellule de Sing Sing où il était incarcéré pour détournement de fonds publics, George Coolidge, professeur de philo à Harvard qui se défoulait sur les clochards de Boston à coup de barre de fer jusqu'à ce qu'il s'immole par le feu lorsque la police est venu l'arrêter, Harvey Dawson, magnat de l'armement qui s'est tiré une balle dans la tête avec son fusil de collection préféré après avoir trucidé sa femme et sa domestique, et, enfin, l'évêque O'Connoly, vidé de son sang au cours d'un antique rituel de messe noire organisé dans sa cathédrale ?
Vous ne voyez pas ? Pourtant des points communs, il n'en manque pas. Jugez plutôt : jusqu'à se qu'ils se suicident (car il s'agit bien à chaque fois de suicides), ces personnages vivaient tous aux Etats-Unis, à New-York ou à proximité, au début du XXème siècle. Ah, j'oubliais, ils faisait tous les cinq partie du Club Century. Un club assez particulier, ma foi... C'est d'ailleurs à cette conclusion que parviendront (à la fin du premier tome) les membres de la Weird Enforcement Special Team (W.E.S.T.), une équipe secrète de quelques hommes triés sur volet par Richard Clayton, un haut fonctionnaire de Washington, et dirigés par Morton Chapel, le vrai patron, une pointure... Entouré du Coursier (unmystérieux homme à tout faire), d'Angel Salvaje (un indien catholique porté sur l'exorcisme), et de Joey Bishop et Bart (tueurs à gages patentés), Morton Chapel se lance à la poursuite d'une entité plus que maléfique (c'est peu de le dire !).
Plusieurs pistes s'offrent à eux : un journaliste du Morning Sun, quotidien miteux de New-York, semble posséder des informations de première main sur les suicides, tandis que le fils de l'ambitieux sénateur Lennox paraît lui aussi en savoir plus qu'il ne veut bien le dire à sa soeur Kathryn, docteur en psychiatrie qui finira bien entendu par croiser la route de la W.E.S.T.
Cette histoire en deux tomes (les BD en peu de tomes sont aussi très agréables...) est un mélange des Mystères de l'Ouest (sans le docteur Loveless, les petits costumes très ajustés de James West, et les déguisements bidons d'Artemus Gordon !) et des Incorruptibles (sauf que Morton Chapel est un peu plus péchu qu'Elliot Ness et que le patron du Club Century ferait passer Al Capone pour un enfant de coeur), sans oublier la dimension radicalement fantastique de ce dyptique qui lui donne un souffle épique particulièrement puissant.
Une excellente BD, halletante, dynamique, efficace, à lire d'une traite sans s'ennuyer une seule seconde. Foi d'IDDBD, à l'WEST, rien que du nouveau !
Vous aimerez W.E.S.T. si vous aimez : les Mystères de l'Ouest (lorsque vous étiez jeunes...), les Incorruptibles (pour la bande de copains super professionnels...), les complots (surtout ceux qui visent à prendre le contrôle des Etats-Unis...), les sociétés secrètes (méchantes...), le fantastique (teinté d'occultisme).
A voir (pour vous faire une première idée) : la première planche de chaque tome (ci-dessous).
A voir encore (si ces planches vous ont accroché) : les premières planches du tome 1 (La Chute de Babylone) et du tome 2 (Century Club) sur amazon.fr
A lire : la fiche de WEST et l'interview des auteurs sur le site des éditions Dargaud.
A visiter : le (superbe, magnifique, grandiose) site dédié à WEST
mardi 14 février 2006
Isaac le Pirate (scénario et dessin de Christophe Blain, couleurs de Walter et Yuka, aux éditions Dargaud, collection Poisson Pilote, 2001)
La série Isaac le Pirate est l'occasion de faire le point sur un sujet qui peut dérouter le néophyte : le dessin d'une bande dessinée doit-il être "beau" ?
Sans hésiter, la réponse est "oui, évidemment", s'agissant d'une oeuvre d'art (car n'en déplaise aux esprits chagrins, la BD est un art à part entière, et non des moindres...).
Pour autant, le trait, le dessin doit-il être nécessairement "académique" pour être beau. Et avec le même aplomb, IDDBD répond "non, évidemment". Comment ça "évidemment" ?
Pour simplifier à l'extrême (les spécialistes vont lancer un "contrat" sur ma tête), la BD se divise en deux catégories, selon le genre de dessin utilisé : d'un côté la BD "académique", de l'autre la BD "expressionniste".
Même si les styles peuvent être très différents d'un dessinateur à l'autre, la première catégorie utilise un trait classique, de celui dont on peut dire immédiatement "ouah, le mec, y sait dessiner, la vache" (c'est une image : les dessinateurs savent généralement dessiner autre chose que des vaches...). On peut classer dans cette catégorie des bandes dessinées comme Blacksad, Où le regard ne porte pas, Le Marquis d'Anaon, Cuervos, Rapaces ou Luuna pour reprendre des exemples de BD qu'IDDBD a récemment chroniqué. Pour enfoncer le clou, des BD telles qu'Astérix, Tintin ou Lucky Luke sont emblématiques du genre.
La deuxième catégorie utilise un trait moins conventionnel et des formes graphiques plus originales, plus détachées de la contrainte immédiatement esthétique au profit de l'expression des personnages, des sentiments, du mouvement, etc...
Le néophyte identifie facilement ce genre (par opposition à ce qu'il connaît déjà visuellement de la BD), et rajoute souvent des commentaires du style "Peuh, trop naze, mon neveu de 5 ans dessine pareil". Outre qu'il est grammaticalement incorrect, cet avis dénote un esprit fermé qu'IDDBD se propose d'ouvrir, à grand coup de claques s'il le faut... (bien entendu, c'est une image... quoique...).
On peut classer dans cette catégorie des bandes dessinées comme Lincoln, la série Donjon, le Combat ordinaire, ou les Imposteurs pour reprendre encore une fois des exemples dont IDDBD a récemment parlé.
Incontestablement, Isaac le Pirate appartient à cette deuxième catégorie. Il en est même emblématique.
Si vous débutez en BD, ne vous laissez pas rebuter par un dessin auquel vous n'êtes pas habitués mais qui se révèle d'une justesse incroyable. C'est déjà ce que je vous conseillais pour les Imposteurs.
Par nature, la BD est un art qui mêle inextricablement le trait et l'écrit. Dans la BD expressionniste, cette définition prend encore plus de son sens.
Aussi laissez-vous emporter par Isaac le Pirate, jeune peintre du XVIIIème siècle embarqué presque malgré lui par un étrange médecin dans le monde de la piraterie, loin de sa belle fiancée Alice.
Des Caraïbes aux glaces de l'Antartique, il y rencontrera des personnages hauts en couleur mais toujours très humains, très vrais : Jean Mainbasse, le Baril, la Teigne, Jacques (dont il deviendra l'ami que nous retrouverons dans tous les autres épisodes). Il y vivra aussi des aventures palpitantes, mêlant action et philosophie, amitié et amour...
Isaac le Pirate, c'est beau, c'est intelligent, c'est sensible ! Le trait de Christophe Blain traduit parfaitement les sentiments, les ambiances, l'action... Son scénario est impeccable, plein des rebondissements que l'on est en droit d'attendre d'une grande fresque romanesque, et plus encore (Alice succombera-t-elle ?).
N'hésitez pas une seconde et lancez-vous à l'abordage des 5 tomes actuellement disponibles !
Isaac le Pirate est un trésor de la BD (et même pas enterré avec ça !).
Vous aimerez si vous aimez : les vraies histoires de pirates (ah les scènes d'abordage ou de combat), les vraies histoires d'amour et d'amitié (nous suivons, en parallèle la vie d'Alice et celle d'Issac...).
A lire (avant de partir à l'abordage) : les cinq premières planches des tomes 1 (Les Amériques), 2 (Les glaces), 3 (Olga), 4 (La capitale) et 5 (Jacques), disponibles sur le site Poisson Pilote (ne ratez pas les galeries d'images, superbes !).
A lire (en escale) : les interviews de Christophe Blain sur bdparadisio.com et sur artelio.org
lundi 13 février 2006
Rapaces (scénario de Jean Dufaux, dessin d'Enrico Marini, aux éditions Dargaud)
Si vous pensez qu'il est temps que Papy Dracula rejoigne sa maison de retraite roumaine (au lieu de tenter de pénétrer les chambres de jeunes femmes en chemises de nuit), ou que Buffy devrait faire du shopping avec ses copines de classe (plutôt que de chasser le grandguignol dans les couloirs de son lycée), alors Rapaces est fait pour vous ! Vous voulez du vampire, vous allez en avoir pour votre argent !
Mais attention ! Cette série de quatre tomes n'est pas à mettre entre toutes les mains : mieux vaut avoir au moins 16 ans pour s'y plonger (mince, en disant ça, je suis sûr de rameuter tous les boutonneux à partir de 11 ans...). Justement parce qu'on n'est pas dans du Dracula gominé en noir et blanc ou du Buffy formaté "pré-ados" : les Rapaces en question sont des bêtes (enfin, des vampires...) assoiffées non seulement de sang mais surtout de vengeance, donc de violence... et de sexe (je vous l'accorde, il n'est pas évident de prime abord de comprendre la logique de Dufaux et Marini...).
Certes, on peut ne pas aimer. Mais à IDDBD, on aime Rapaces. On aime son intrigue, facile à suivre (ce qui n'est pas nécessairement un défaut... on peut aussi varier les plaisirs en BD, non ?), bien ficelée et bien rythmée (parfois, au sens litéral des termes...).
Alors, de quoi s'agit-il ? En deux mots, un frère et une soeur vampires, Drago et Camilla Molina, se vengent aujourd'hui de leurs congénères qui ont autrefois tué leurs parents. Devant l'accumulation des cadavres qu'ils laissent derrière eux, un couple de flics, Vicky Lenore et l'inspecteur Spiaggi vont leur donner la chasse. Du moins jusqu'à l'irruption d'un autre personnage important, Aznar Akeeba...
Quant au dessin de Marini, il n'y a que deux mots à en dire : superbe (le trait, les couleurs...) et époustouflant (le rythme, la mise en scène...) ! Bon d'accord, les plastiques féminines sont un peu outrées. Mais vous êtes marrants vous ! Cela fait aussi partie de la loi du genre, que diable ! Croyez-vous que lorsque Papy Dracula glissait jusqu'au lit des jeunes femmes pour leur trouer le cou, les critiques de l'époque ne trouvaient pas cela (délicieusement) scandaleux ? Si bien sûr ! Alors...
En définitive, à IDDBD, on a aimé Rapaces qui est une belle série, agréable à lire...
A visiter : le superbe site dédié à la série
A déguster (en frissonnant) : la très bonne critique du site vampire-fr.com
A voir : quelques visuels de la série
dimanche 12 février 2006
La critique du Professeur Sintes
Tous les dimanches, IDDBD vous propose désormais une nouvelle chronique : "la critique du Pr Sintes". Pourquoi ? Comment ?
En réalité, nous n'y sommes pas pour grand chose. Mais devant l'insistance (lourde) du-dit professeur (on aimerait d'ailleurs savoir de quoi et vérifier son titre...), qui n'a cessé de nous inonder de mails depuis la première chronique d'IDDBD, nous avons préféré lui laisser un jour dans la semaine pour exprimer son opinion (le dimanche, c'est bien... ça l'oblige à se lever tôt...).
En même temps, cela permet à IDDBD de revenir sur la semaine écoulée et d'en faire la synthèse (mince ! je n'avais pas fait le rapprochement avec le nom du professeur !). Mais sans plus tarder, laissons la place à notre nouveau collaborateur, j'ai nommé le professeur Sintes...
Hum, hum... Merci, merci... Bon, entrons dans le vif du sujet. IDDBD a ouvert le 30 janvier 2006 en publiant un article d'une banalité à pleurer qui ne définit même pas l'objet de ce nouveau blog BD. A qui s'adrese-t-il ? Aux supers spécialistes de la BD ? Dans ce cas, je le trouve un peu léger côté critiques ! A tous ceux qui n'y connaissent pas grand chose en BD mais qui veulent revenir de leur bibliothèque municipale ou de leur librairie avec un bon album entre les mains ? Si c'est ça (je vois l'équipe d'IDDBD qui me le confirme) alors les chroniques sont parfois un peu trop techniques !
Je ne doute pas qu'IDDBD trouve peu à peu son style (c'est une blague), mais en attendant ce sont les premiers lecteurs qui essuient les plâtres... Passons. La chronique du 31 janvier sur Blacksad n'était pas mal (à part quelques passages). C'est tout de même l'occasion de faire une petite remarque : IDDBD devrait inclure dans ces articles une petite rubrique du genre "Vous aimerez si vous aimez". Enfin, si l'équipe d'IDDBD a une culture suffisante pour faire ce type de comparatif, hein. Parce que sinon, c'est pas la peine.
Passons maintenant à la chronique du 1er février, consacrée à Lincoln. Première remarque : on passe du polar de Blacksad au western déjanté de Lincoln, comme ça. Y a pas de logique quoi (l'équipe d'IDDBD me dit qu'effectivement il n'y pas de logique...) Quoi ? Vous écrivez selon votre humeur et vos envies et pas nécessairement en fonction de l'actualité ? Ah, ah ! Je me marre, sauf qu'au cas particulier, Blacksad venait d'être couronné à Angoulême (meilleure série) et que le tome 4 des aventures de Lincoln sort très prochainement (il promet d'ailleurs d'être très très bon). En plus vous auriez pu dire qu'il y avait une superbe interview des frères Jouvray (les auteurs de Lincoln) dans le magazine BoDoï de février ! Hein ? Il aurait fallu que vous l'ayez acheté avant ? Oui, bon passons.
Je n'est rien de spécial à dire sur la chronique du 2 février consacré au Combat ordinaire de Manu Larcenet, si ce n'est que j'aurai aimé que l'on sente à quel point IDDBD a été profondément touché par cette magnifique BD...
Aaaaah ! On aborde la chronique du 3 février : la collection Poisson Pilote des éditions Dargaud ! Alors là, j'en crois pas mes yeux ! Une chronique ça ? Un publi-reportage oui ! En même temps c'est vrai que "tout est bon dans cette collection" alors je ne vais pas trop insister...
La chronique du 4 février sur la série Donjon était beaucoup trop longue ! Je vous rappelle que vous écrivez sur un blog ! En revanche, c'est plutôt une bonne idée de prévoir une chronique tous les samedi du mois de février sur cette série d'heroïc fantasy génialissime (Sfar et Trondheim sont aux manettes s'il vous plaît !), sauf pour ceux qui n'auront pas aimé...
Où le regard ne porte pas, l'album chroniqué le 5 février, ne méritait pas de subir le ton parfois un peu trop emprunté de l'article (surtout le "Emouvant car il y est question de l'amitié indéfectible de quatre gamins que rien, ni l'espace, ni le temps, ni la méchanceté des hommes et du destin ne réussira à corrompre"... non, mais je rêve là ! C'est du David Hamilton rédactionnel ça !).
Bref, ne nous attardons pas sur ce monument de la littérature et passons au 6 février avec Les imposteurs. Ce que j'ai préféré dans cette chronique, ce sont les extraits du texte (magnifique) de l'album. C'est ça la vraie littérature, messieurs de chez IDDBD !
C'est comme la chronique du 7 février sur Cuervos, cette histoire de gosses des rues de Medellin. Elle aurait mérité d'être un peu plus courte (le coup de la mise en garde était peut-être de trop, tout comme les références à Shakespear et Steinbeck...).
Même remarque concernant la chronique du très bel album Petit Polio de Farid Boudjellal, le 8 février. On se passerait des commentaires un peu grandiloquents des chroniqueurs... Il ont eu une mauvaise passe là ou quoi ?
La chronique du 9 février sur Le Marquis d'Anaon manquait du souffle de la série de Fabien Vehlmann et Matthieu Bonhomme (interviewé par le magazine BullDozer de février 2006).
S'agissant de la chronique du 10 février sur les éditions Delcourt, je ferai la même remarque que celle que j'ai déjà faite à propos de la collection Poisson Pilote : c'est du publi-reportage, de l'info-commercial, de la soupe !
Enfin, rien à dire de plus sur la chronique d'hier sur Donjon Zenith.
Voilà, ça fait du bien de pouvoir dire ce que l'on pense ! Remarquez, il ne manquerait pas grand chose pour qu'IDDBD devienne intéressant : juste un peu de talent ?
A la semaine prochaine !
Professeur Sintes
La réponse d'IDDBD : nous tiendrons compte des remarques concernant la longueur des articles (merci au professeur Sintes de faire lui-même plus court la prochaine fois...). En ce qui concerne les publi-reportages, nous nous insurgeons ! IDDBD ne profite d'aucun avantage particulier ! Si nous parlons des éditeurs, c'est que nous aimons ce qu'ils font et qu'ils sont essentiels à la diffusion de la BD de qualité ! Tout simplement. IDDBD vous annonce d'ailleurs qu'il consacrera également des chroniques aux libraires spécialisés.
Enfin, pour le talent, nous ne pouvons rien promettre. Ce que nous pouvons affirmer en revanche, c'est que notre objectif est clair : donner envie à un maximum de personnes de découvrir la bande dessinnée et de lire toutes les formes de bandes dessinées !
samedi 11 février 2006
Donjon Zenith (éditions Delcourt)
... Donjon, la suite
Dans la chronique de samedi dernier (4 février 2006), IDDBD vous expliquait la genèse de la tentaculaire série Donjon, initiée par Joann Sfar et Lewis Trondheim en collaboration (oserons-nous dire en Association ?) avec de nombreux autres dessinateurs (Blain, Larcenet, ...). Pour vous rafraîchir la mémoire, jetez donc un coup d'oeil au dessin ci-contre (cliquez pour l'agrandir).
Aujourd'hui, IDDBD vous entraîne dans le Donjon, époque Zénith. Là, on est en plein heroic fantasy et moins dans l'introspection, bien que les personnages soient parfois atteint de sentiments très humains (ah ! l'amour !).
Au fait, qui sont-ils ces personnages ? D'abord, le Gardien, un oiseau âgé et assez taciturne. C'est le patron du Donjon géré comme un véritable business.
Viennent ensuite ses deux principaux employés : Herbert, un canard légèrement pleutre (du moins au départ), et son ami Marvin, un robuste dragon qui n'a peur de rien (lui) mais que sa religion interdit d'occire ceux qui l'insultent (par contre, gare aux autres !). La série Donjon Zenith nous fait vivre leurs aventures trépidantes : chasse aux ectoplasmes encapuchonnés (tome 1 : Coeur de canard), initiation à l'art subtil (sic !) du combat (tome 2 : Le roi de la bagarre), quête héroïque (gloups !) pour libérer une princesse (tome 3 : La princesse des barbares), et enfin une grande aventure digne de l'équipe de "bras cassés" du donjon qui va les mener jusqu'à Cochonville pour y chercher en vrac un bébé dragon d'eau, une robe de mariée et un oeil de géant (!!!).
Pour accompagner Herbert et Marvin, et peupler le Donjon (tout de même), Sfar et Trondheim nous ont concocté une galerie de seconds rôles de très grande qualité : Horous (officiellement taumaturge, mais véritable boucher dans la réalité...), Alcibialde le magicien (au secours !), Zongo le barbare sanguinaire (dont le QI doit être très très inférieur à 0) et Gros-Gros (qui comme son nom l'indique, n'est pas spécialement mince du fait de son féroce appétit)... Bref, entre les scénarios, les personnages, l'ambiance et le dessin, Donjon Zenith, c'est ENORME !
Samedi prochain... Donjon Parade !
Vous aimerez Donjon Zenith si vous aimez : rire (finement), vous fendre la gueule (des fois au sens littéral...), vous bagarrer (hé ! pour de faux !), l'heroic fantasy (légère et gaie...), les monstres (pas trop méchants quand même), les donjons sombres et plein de pièges (là, vous êtes graves !)
A lire : les quatre tomes de Donjon Zenith, le coeur de la série
A visiter : le site des éditions Delcourt (et surtout les fiches conscrées à Donjon)
vendredi 10 février 2006
Comme tous les vendredi, IDDBD vous propose de découvrir une maison d'édition ou une collection. La semaine dernière, Poisson Pilote ouvrait le bal. Dans les semaines (et mois !) à venir, nous irons à la rencontre des éditions Paquet, Glénat, Casterman, Soleil, L'Association, Dargaud , Fluide Glacial, Le Lombard, Vent d'Ouest, Bamboo et bien d'autres (que celles qui ne sont pas citées ne se vexent pas, elles y passeront comme les autres !). Aujourd'hui, c'est Delcourt...
Décidément, la collection (et donc le magazine) Pilote aura eu un impact sur la BD francophone bien après sa disparition. La semaine dernière, IDDBD rappelait à votre bon souvenir la collection Poisson Pilote (Dargaud), héritière en ligne directe de Pilote.
Pourtant la descendance compte une autre maison d'édition, née en 1986 de la fusion de Pilote avec Charlie Mensuel. A la suite de cet évènement, le rédacteur en chef de Pilote décide de voler de ses propres ailes. Il entraîne avec lui Olivier Vatine et Thierry Cailleteau (auteurs de Galères balnéaires, le premier recueil publié), et fonde une structure d'édition qui porte son nom. Cet homme entreprenant (il fallait l'être à l'époque pour investir dans la BD face aux mastodontes historiques), c'est Guy Delcourt, patron des éditions éponymes.
Depuis, les éditions Delcourt sont devenues un acteur incontournable du paysage BD français. Après avoir publié son millième album en 2004, ce sont plus de 200 albums (mangas compris) qui sortent tous les ans. Aussi, pourquoi vous en parler aujourd'hui ? Pour se faire des copains ? Non. IDDBD ne chronique que ce qu'il aime. Le reste, il n'en parle pas. C'est plus simple comme ça. Serait-ce par souci de pluralisme ? Pas seulement et pour les mêmes raisons. Alors ?
Simplement parce qu'IDDBD a été séduit par l'esprit Delcourt, sa "philosophie"...
Dès le départ, Delcourt adopte une démarche originale : des albums collectifs, des adaptations BD de chansons (1er grand succès : La bande à Renaud, tirée à plus de 100 000 exemplaires) et surtout (ce qui plait bien à IDDBD...) des rencontres avec de jeunes auteurs. En 1988, il intervient à l'Ecole des Beaux-Arts d'Angoulême où il découvre notamment Turf (qui inaugurera, en 1993, la collection Terre de Légendes avec la très belle série La Nef des Fous).
Et cet esprit, Guy Delcourt et son équipe éditoriale ne s'en sont jamais départis : même aujourd'hui, ils sont toujours à la recherche de nouveautés, toujours en exploration de nouveaux territoires (la SF, les comics américains, les mangas...), tout en gardant l'harmonie et la cohérence des quinze collections de la maison.
Le secret ? Simple : "Chaque livre signé l'est avec foi pour son contenu" avouait Guy Delcourt en 2004 dans une interview accordée à Damien Hervé pour le site bdselection.com. Forcément, quand on engage à chaque fois son propre nom...
Alors, plutôt que de lui souhaiter le succès qu'il connaît d'ores et déjà, IDDBD (qui vient de naître !) souhaite longue vie aux éditions Delcourt ! Insolent va !
A lire : l'interview (passionnante) de Guy Delcourt accordée en 2004 au site bdselection.com
A découvrir : l'histoire des éditions Delcourt sur le site personnel bchapas
A visiter : le site officiel des éditions Delcourt
jeudi 9 février 2006
Le marquis d'Anaon (scénario de Fabien Vehlmann, dessin de Matthieu Bonhomme, couleurs de Delf, aux éditions Dargaud)
Le Club des Chasseurs de Mystères (qui compte entre autres Sherlock Holmes, Guillaume de Baskerville, Cadfael...) a accueilli, en 2002, un jeune membre inexpérimenté qui a très vitre démontré des talents exceptionnels d'enquêteur : j'ai nommé Jean-Baptiste Poulain.
Ce jeune gentilhomme du début du XVIIIème siècle, précepteur de son état (mais qui ne le restera pas longtemps...) a entamé sa carrière de chasseur de fausses diableries en tout genre sur l'île de Brac, en Bretagne. C'est là qu'il gagnera son surnom de Marquis d'Anaon, c'est-à-dire Marquis des âmes en peine, à l'issue d'une aventure mouvementée au cours de laquelle il se trouvera confronté à un faux psychologue (déjà à l'époque !), de vrais villageois en furie, perclus de superstitions et de peurs irrationnelles, un vrai mort et un faux ressussité...
Dans les deux tomes suivants, nous retrouvons Jean-Baptiste Poulain en Auvergne, à la poursuite d'un "serial killer" (!) de jeunes filles (tome 2 : La vierge noire), puis en mer, en route vers l'Espagne au bras d'une belle aristocrate, face au terrible "Hollandais Volant" (tome 3 : La Providence)! Rien que ça !
Jean-Baptiste Poulain, le Marquis d'Anaon, est un personnage comme on les aime en BD : crédible, doté d'une histoire, d'une vraie personnalité et d'une épaisseur psychologique qui se dévoilent au fur et à mesure des albums. On en apprend ainsi à chaque fois un peu plus sur sa vie et son caractère : ses études de médecine inachevées, son amour des livres, son esprit rationnel, scientifique, qui le pousse sur les routes à la chasse aux errements de l'esprit de son temps...
Bref, le Marquis d'Anaon est un homme humble et brillant, un homme que l'on ne se lasse pas de cotoyer dans chacune de ses enquêtes.
Et il en est des scénarios de Fabien Vehlmann et des dessins de Matthieu Bonhomme comme de leur héros. S'ils paraissent simples en apparence, c'est qu'en réalité, ils sont humbles et brillants.
Humbles et brillants car les scénarios Fabien Vehlmann ne sont jamais tortueux à l'excès (suffisamment tout de même pour créer le suspense mais sans jamais céder à la facilité des rebondissements artificiels et inutiles comme on peut en voir parfois...). Humbles et brillants car les dessins de Matthieu Bonhomme cachent sous leur apparente simplicité un talent graphique exceptionnel que l'intégrale des trois premiers tomes de la série, publiée en noir et blanc (en 2004), met superbement en valeur.
Autant vous dire qu'à IDDBD, on attend avec impatience la publication du 4ème tome du Marquis d'Anaon, prévue avant l'été 2006.
A lire : la première planche du tome 1 (cliquez sur l'image ci-dessous pour l'agrandir), puis les premières planches du tome 2 (La vierge noire) et du tome 3 (La Providence) sur Amazon.fr
A déguster : deux planches en noir et blanc du troisième tome
A suivre : d'abord la biographie de Fabien Vehlmann sur bd.amiens.com, puis profitez-en pour flâner sur ce site très très chouette (les 11ème Rendez-Vous de la Bande Dessinée d'Amiens auront lieu les 3 et 4 juin 2006).
A connaître : la biographie de Matthieu Bonhomme sur le site de Dargaud

















